Maxence Rey / Curiosities / L'Etoile du Nord / Novembre 2014

Maxence Rey / Curiosities / Dans les arcanes de l'univers de Bosch

 

 

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.Photos J.M. Gourreau

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Maxence Rey :

Dans les arcanes de l’univers de Bosch

 

Le monde de Jérôme Bosch est à la fois fantasmagorique, enchanteur et terrifiant. C'est pour cela qu'il nous fascine. Et qu'il a également fasciné Maxence Rey. Sa dernière pièce, Curiosities, ne cherche pas à le faire revivre. Ni même ses personnages grotesques et monstrueux qui, pourtant, à bien les observer, semblent instamment l'en prier. Ce qu'elle a voulu réaliser, c'est plutôt entrer en résonance avec son univers, évoquer cette atmosphère mystérieuse, cette alchimie entre le ciel et l'enfer. D'où une œuvre sur deux niveaux, le monde obscur et souterrain des ténèbres et celui, aérien et éthéré, de la lumière et de la verticalité que, d'ailleurs, elle va s'approprier et magnifier. Deux univers qui se superposent mais qui ne s'interpénètrent jamais. Deux univers peuplés de créatures étranges et diaboliques qui ont allègrement passé les siècles et continuent de nous hanter. Or, la société dans laquelle le peintre vivait et pour laquelle le diable et l'enfer s’avéraient des réalités se retrouve bien évidemment de nos jours, certes sous une autre forme, à l’instar des cours des miracles qui ont toujours existé. Les images que crée la chorégraphe, bien que fugitives, en sont le reflet. Nous ne sommes plus au Moyen-âge mais ce personnage immortel qui n’est monstrueux qu’au début de l’œuvre (allusion aux « céphalopodes » de Bosch) cherche à s’élever comme s’il était en quête d’une certaine humanité.

L’univers du dessous est bien sûr celui des créatures infernales, en l’occurrence deux êtres hybrides emprisonnés dans leur souterrain qu’ils vont explorer minutieusement tout en cherchant vainement à en sortir par tous les moyens. Curieusement, c’est à son musicien Vincent Brédif, et au concepteur de ses lumières, Cyril Leclerc, que Maxence Rey a confié l’interprétation de ces personnages.qui ne sont pas obscurs pour autant. Ils ne révèleront cependant pas ce qu’ils sont et resteront, tout comme Maxence, à jamais énigmatiques.

Si ce petit monde semble inspiré du triptyque La Tentation de Saint-Antoine conservé à Lisbonne dans lequel on retrouve la superposition des deux univers, il l’est plus directement encore par un dessin du peintre, L’homme-arbre, d’ailleurs repris modifié dans le panneau de droite du triptyque du Jardin des délices, L’enfer musical. La position accroupie de cet étrange personnage éventré au chapeau surmonté d’une sorte de cornemuse (dans le dessin original, il s’agissait d’un vase flanqué d’une grenouille sur une échelle) se retrouve en effet au cœur de l’œuvre de la chorégraphe. Ce travail fait suite à un projet européen intitulé B-Project, lancé par la fondation Hieronymus Bosch à ‘s-Hertogenbosch* : celle-ci a invité cinq artistes à créer chacun une « petite forme chorégraphique » autour de son œuvre, lesquelles seront présentées ensemble le 29 mars 2015 au Mac/Val et au Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine, dans le cadre de la 18ème Biennale de danse du Val-de-Marne.

J.M. Gourreau

Curiosities / Maxence Rey, Théâtre de l’Etoile du Nord, Paris, du 6 au 8 novembre 2014.

*Bois-le-Duc en français (capitale du Nord-Brabant).

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