Nathalie Pernette / Belladonna / Châtillon / Mars 2019

Nathalie Pernette / Belladonna / La femme et ses démons

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Pernette Nathalie :

La femme et ses démons

 

Nathalie pernetteVoilà un titre aguichant !  Cependant les belles femmes, bella donna en italien, si elles rayonnent par leur beauté et leur grâce, ne sont pas toujours aussi douces et affables que l’on voudrait le croire. Certaines d’entre elles pourraient même s’apparenter à des magiciennes, voire à des sorcières maléfiques, des suppôts de Satan, et l’histoire nous en a donné moult exemples depuis la nuit des temps… A l’époque médiévale en effet, le petit peuple avait recours à elles pour soigner ses maladies ou mettre au monde ses enfants mais, s’il leur arrivait parfois de guérir leurs patientes, il leur arrivait aussi de les occire ! Or, ces matrones, pour atténuer la douleur, se servaient fréquemment d’extraits de nombreuses plantes, toxiques à certaines doses mais calmantes à d’autres et, parmi-celles-ci, des décoctions de belladone : un majestueux végétal aux fleurs brunes en forme de clochette, ainsi dénommé en 1753 par le célèbre naturaliste Carl von Linné, père de la systématique actuelle. Toutefois, on retrouve déjà le terme de belladone dès 1556 dans certains écrits du médecin et botaniste Pietro-Andrea Matthioli, nom repris par Charles de l’Ecluse en 1583 à la fin de la Renaissance italienne car les femmes de l’époque utilisaient une lotion de belladone pour dilater leurs pupilles ou un onguent de cette même plante pour donner un teint ivoire à leur visage et le "désempourprer". Mais ce végétal, extrêmement toxique, était aussi utilisé pour se débarrasser de ses ennemi(e)s sans qu’ils ne puissent s’en rendent compte…  

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Photos J.M. Gourreau

 

A bien y réfléchir, si la plupart des pièces de Nathalie Pernette sont empreintes de fantastique, d’étrange et auréolées de mystère, elles s’avèrent aussi un hymne à la féminité et rendent hommage à nos compagnes, évoquant tant leurs aspirations que leurs atouts mais aussi leurs fantasmes, tout en mettant au grand jour une part de leurs côtés les plus secrets. Ce sont ces deux façades que l’on retrouve au travers de Belladonna mais ce ne sont cependant pas celles-ci qui sont réellement au centre de l’œuvre. En effet, la fabuleuse mise en scène ainsi que la chorégraphie sensuelle et féminine et, aussi, la partition musicale de Franck Gervais évoquent surtout le monde des puissances sabbatiques infernales chères aux romantiques, lesquelles ont toujours dévoré les poètes. Aussi ai-je pour ma part un tantinet regretté que Nathalie n’ait pas davantage exploité l’univers sombre et inquiétant de la sorcellerie auréolé de maléfices, de perfidie et de machiavélisme, tant il est vrai que celui-ci sommeille parfois dans l’esprit de certaines de nos compagnes… Certes, la vision des enfers que nous offre la chorégraphe est d’un réalisme cauchemardesque et suffit à elle seule pour réaliser un fascinant spectacle qui frappe l’imaginaire, tant celui des petits que des grands, et qui devait hanter l’esprit de notre égérie depuis des lustres. Mais vouloir également évoquer en parallèle l’image de la sorcière, de ses maléfices et de son désir de reconnaissance et de puissance, lequel il est vrai, s’avère également un des plus fascinants visages de la femme, était peut-être un volet qu’elle aurait dû traiter à part, tout en lui conservant le titre de la pièce.

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Il n’en demeure pas moins que cette œuvre, qui aborde et reflète par le jeu de trois interprètes, complices de ses peurs et de ses angoisses, les phobies de la gent féminine à différents âges de la vie - celles d’une enfant, d’une femme d’âge mûr et d’une femme à l’aube de son déclin - s’avère d’un réalisme aussi saisissant qu’effrayant: sa mise en scène fantasmagorique avec force flammes, fumées, jeux d’ombre et de lumière, et ses danses de transe sabbatiques qui captivent l’attention de tous les spectateurs, jeunes ou moins jeunes, sont réellement hypnotisantes. J’ai particulièrement été frappé, voire même subjugué par la présence, la force tranquille, l’intériorité et l’expressivité de l’interprète la plus âgée, alias Nicole Pernette, précisément la mère de Nathalie, qui distillent dans l’atmosphère un inquiétant parfum de mystère à nul autre pareil. Fascinant.

J.M. Gourreau

Belladonna / Nathalie Pernette, Théâtre de Châtillon, 19 mars 2019.