Nono Battesti - Sources - Centre

Nono Battesti - Un exil bien sympathique

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Nono Battesti :

 

 

Un exil bien sympathique

 

 

Rien n’est plus poignant que lorsqu’un artiste évoque sur scène une histoire vraie, surtout lorsqu’il s’agit de sa propre histoire. Celle d’un exilé d’Haïti qui débarque un jour en Belgique alors qu’il avait quatre ans et qui, huit ans plus tard, fait ses premiers pas dans un cours de danse, presque par hasard. Le choc est décisif. Au foot succède bien vite le hip-hop, la danse-jazz, la break dance mais aussi la danse contemporaine, avec un acharnement qui fera bientôt de lui un professeur réputé. Mais pas seulement. Car la rencontre de Nono Battesti avec l’accordéoniste Didier Laloy lui permet de mettre sur pied son premier spectacle, Sources, au travers duquel il évoque son parcours, depuis son premier souffle. Une histoire bouleversante, peu banale de surcroît, que le musicien exacerbe par le geste et les sons comme s’il l’avait lui-même aussi vécue… Entre les deux artistes en effet, l’osmose est totale et l’on se demande par moments si le père adoptif du danseur ne serait pas par hasard le musicien…

Mais l’intérêt de l’œuvre ne tient pas qu’à son histoire, certes intéressante car, vue sous cet angle, l’adoption n’apparaît pas comme une épreuve bien terrible pour celui qui la subit. Le déracinement ne semble en effet pas avoir laissé au chorégraphe-interprète de séquelles, pas plus d’ailleurs qu’à sa petite sœur, la chanteuse Dina B, exilée comme lui, laquelle fera de brèves apparitions (en vidéo) dans le spectacle.

La fascination qu’éprouve le spectateur pour le spectacle vient aussi et surtout de la structure de l’œuvre et de sa mise en scène, la clé de voûte étant un miroir sans teint, une sorte de barrière en diagonale entre rêve et réalité, passé et présent, que les protagonistes vont bien sûr franchir physiquement mais aussi par hologrammes interposés, donnant corps à leur image. Ainsi Dina B n’apparaît-elle que virtuellement alors qu’on la jurerait présente sur scène. D’où une sorte de magie qui, ajoutée à la poésie du spectacle, fascine. Et puis il y a aussi cette connivence, ce corps à corps fabuleux entre le danseur et le musicien un tantinet paternaliste, ce dernier étant quasiment aussi mobile que le chorégraphe-interprète, malgré le handicap de son instrument. Tant et si bien que le spectateur, bien que parfois un peu perdu, navigue entre divers univers baignés d’espoir, de partage et de joie.

J.M. Gourreau

 

Sources / Nono Battesti, Centre Wallonie-Bruxelles à Paris, Sept.-Octobre 2011.