Ohad Navarin / Sadeh21 / Théâtre National de Chaillot - Centre National de la Danse de Pantin / Avril 2013

Ohad Navarin / Sadeh21 / Kamuyot / Deca Dance / L'art de dompter l'énergie

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Sadeh21 - Photos Gadi Dagon

 

 

Ohad Naharin :

 

L’art de dompter l’énergie

 

C’est dans le cadre du nouveau festival « Sur les frontières », conçu et organisé par Didier Deschamps au Théâtre National de Chaillot que se produit la plus célèbre des compagnies israéliennes, la Batsheva Dance Company,  dirigée par Ohad Naharin. Ce chorégraphe n’est pas inconnu du public parisien, s’étant régulièrement produit au Théâtre des Champs Elysées, au Théâtre de la Ville (Z/na, Sabotage baby), au Centre Pompidou (Tics) et au Palais Garnier (Perpetuum) depuis son arrivée en 1990 à la tête de cette illustre compagnie, créée par Martha Graham et la baronne de Rothschild en 1964.

Il débarque à nouveau cette année dans la capitale, investissant cette fois le Théâtre National de Chaillot et le Centre National de Danse de Pantin avec trois œuvres plus récentes, Sadeh21, Deca Danse et Kamuyot. Mais, surtout, en présentant une méthode qu’il développe depuis une dizaine d’années, la « Gaga danse », destinée d'abord à développer ses aptitudes physiques pour aller au-delà des limites de son corps par l'écoute et l’exploration en profondeur de ses sensations, ensuite à dépasser l’effort pour toucher au plaisir...

La concrétisation de ce travail peut se voir dans Sadeh21, une œuvre abstraite aussi sophistiquée qu’alambiquée au cours de laquelle les danseurs libèrent tour à tour puis par deux ou trois, voire tous ensemble, leur énergie et leurs pulsions internes dans une suite de mouvements spontanés et fougueux, électrisants, sauvages, d’une force fulgurante. Des corps violentés, tordus, cassés, comme en proie à des tourments incoercibles. Des mouvements parfois dénués de beauté mais portés par une charge émotionnelle d’une très grande intensité qui subjugue et rejaillit sur le spectateur. La libération de cette énergie engendre tout naturellement un bien-être tant sur les spectateurs que les danseurs, lesquels se serviront du mur du fond comme d’un tremplin pour disparaître dans la coulisse à la fin de l'oeuvre dans des sauts carpés, vrillés ou autres sauts de l’ange du plus bel effet.

Kamuyot, donné au Centre National de la Danse, est de la même veine que Sadey21, bien que créé 8 ans plus tôt. Au début de l’œuvre les danseurs sont assis parmi les spectateurs. Comme dans Sadey21, ils vont entamer chacun une courte variation de virtuosité puis se réunir dans une danse sophistiquée avant d’embarquer les spectateurs dans l’aventure, en commençant par les enfants. Cette vaste plaine chorégraphique qui s'étale sous leurs pieds devient alors le théâtre de variations aussi diverses qu’il y a de spectateurs sur la scène qui, ma foi, ne se débrouillent pas trop mal, même s’ils n’ont jamais mis les pieds sur un plateau… Comme on peut le lire fort justement dans le programme, le spectacle devient une « célébration jubilatoire, aussi bien pour le public que pour les interprètes, par son exubérance, son énergie et sa profondeur émotionnelle. » Il intègre en effet les spectateurs dans une expérience commune dans laquelle, curieusement, ils se sentent parfaitement à l’aise, l'espace étant baigné par une lumière vive et chaleureuse et une musique non agressive, de la pop au reggae. Un spectacle dans lequel ils découvrent la joie de danser au milieu de vrais professionnels et qui leur fait voir la danse sous un autre jour.

dscn0039.jpgdscn0062-2.jpgdscn0032-1.jpgKamuyot - Ph. J.M. Gourreau

Deca Dance, qui devrait d’ailleurs s’appeler Dodeca Dance car il s’agit d’un florilège chorégraphique d’extraits d’œuvres composées depuis 1992, est un collage de piécettes sans relations les unes avec les autres, dont la composition et l’assemblage changent d’ailleurs au fil du temps, mettant en lumière les nombreuses facettes de Naharin. Un pot-pourri au travers duquel on peut retrouver ses origines, son passé, sa culture, ses errances, et qui révèle non seulement la diversité de langages de leur auteur mais surtout sa très grande générosité et sa touchante humanité. Ses danseurs respirent la joie de vivre au travers d’une technicité sans faille, leur exubérance, leur rythme et leur étonnante « sauvagerie » réchauffent les cœurs. Un spectacle qui a le don de vous emporter dans un tourbillon frénétique duquel vous aurez bien du mal à vous extraire !

J.M. Gourreau

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 Deca Dance - Ph. Gadi Dagon

Sadeh21, Kamuyot & Deca Dance / Ohad Naharin, Théâtre National de Chaillot et Centre National de Danse de Pantin, du 24 au 28 avril 2013.