Paris / Avril 2013

Nathalie Pubellier & Jean Gaudin / Univers croisés / Suis-je belle en ce miroir ?

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Henri / Nathalie Pubellier

Photos J.M. Gourreau

 

Nathalie Pubellier – Jean Gaudin :

 

Suis-je belle en ce miroir ?

 

Séduire, un des plus ardents désirs, avoué ou inavoué, de toute femme. Or Nathalie est belle, très belle, et elle le sait. Alors, pourquoi ne pas en jouer ? Pourquoi ne pas mettre aussi son art à ce même service, elle pour qui la danse est, plus qu’une vocation, un sacerdoce ? Ainsi naquit L’étrangère, de la complicité entre deux artistes de grand talent, Nathalie Pubellier et Jean Gaudin. Un solo d’une grande finesse qui met en avant le plaisir qu’éprouve une femme à faire valoir sa beauté, la jouissance d’être admirée, l’excitation et la volupté d’aguicher son public dans un univers précisément conçu dans ce but, celui du cabaret… Des sentiments qui conduisent petit à petit à laisser les masques tomber, à se dépouiller de tout artifice, à un effeuillage de l’esprit…

Il y a un peu plus d’un an, Nathalie Pubellier proposait à Jean Gaudin d’être l’interprète de sa dernière pièce, un solo également, Henri, d’ailleurs inscrit au même programme. De la connivence qui s’en suivit est né le désir d’inverser les rôles, et c’est Jean cette fois qui se mit à l’œuvre, mettant en scène sur la poignante musique Al Atlal de la compositrice égyptienne Oum Kalsoum, une starlette maniérée mais ensorceleuse qui va se dépouiller petit à petit de sa carapace, de ses atours et de sa préciosité pour, finalement, laisser apparaître sa fragilité, sa faiblesse mais aussi ses réels atouts et sa force. Sa danse est celle de la séduction, celle lascive et sensuelle du ventre mais aussi celle des épaules, aussi voluptueuse qu’originale. Une danse qui procure à la fois bien-être et plaisir qu’indubitablement Nathalie a dans son sang.

D’une tout autre veine, Henri, en ouverture de soirée. Un solo initialement créé par la chorégraphe elle-même et qui évoque le douloureux et difficile passage d’un corps par différents états. Repris et remanié pour Jean Gaudin, la lecture que l’on en fait désormais est totalement différente, de par la forte personnalité de l’interprète, de ses aptitudes à se métamorphoser et à quitter notre monde, peut-être pour pénétrer dans celui du trompettiste Izidor Lettinger qui l’accompagne mais, plus certainement, pour se fondre, au gré du fascinant babil de ses pieds, dans une étrange galaxie animale en perpétuelle mutation.

Deux univers croisés donc, diamétralement opposés, aussi attachants l’un que l’autre, répondant certes à un défi mais au sein desquels on peut lire une complicité fabuleuse - presque magique - entre deux êtres d’une sensibilité et d’une culture différentes mais complémentaires, non sans doute réunis par le hasard.

J.M. Gourreau

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 L'étrangère / J. Gaudin 

Nathalie Pubellier

 

Photos J.M. Gourreau

 

 

Univers croisés : Henri de Jean Gaudin et L’étrangère de Nathalie Pubellier, Théâtre de verre, Paris, du 19 au 22 avril 2013.

Josef Nadj / Atem, le souffle / Esotérique et mystérieux

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Photos S. Charrier

Josef Nadj :

 

Esotérique et mystérieux

 

Un huis-clos, terriblement oppressant, au sein duquel se trouvent deux êtres, un homme en noir, sans visage, fantomatique et inquiétant, et une jeune et belle femme en blanc, d’une pâleur de la mort. Un indéfinissable parfum de mystère sourd de cette boîte noire d’à peine quatre mètres sur trois, partiellement ouverte vers les spectateurs, truffée de portes dérobées, lucarnes cachées, passages secrets et autres trappes, favorisant les multiples apparitions et disparitions qui vont survenir tout au long du spectacle. Une étrange chambre, seulement éclairée par les quatre bougies d’un candélabre, au sein de laquelle évoluent durant près d’une heure et demie ces deux personnages, Josej Nadj lui-même et  la fabuleuse Anne-Sophie Lancelin que l’on avait déjà pu voir dans l’œuvre précédente du chorégraphe, Cherry-Brandy. Un va-et-vient énigmatique qui semble cependant centré autour d’un simple bâton, lien entre ces deux êtres qui paraissent se chercher sans parvenir à se trouver, mais desquels émane une indéfinissable attirance, à mi chemin entre le désir et l’amour. Deux être hors du temps, dotés de pouvoirs surnaturels et magiques qui nous font presque peur. Il ne se passera pourtant rien de réellement tangible, comme si le chorégraphe n’avait cherché qu’à tenir en haleine le spectateur en lui faisant partager quelques visions plus ésotériques les unes que les autres, dans le seul et unique but de faire ressurgir du tréfonds de notre mémoire, les images de certains contes qui, enfants, ont pu nous angoisser, voire même nous tourmenter. Ainsi peut-on voir au début de la pièce, Anne-Sophie Lancelin s’emparer, après la disparition mystérieuse de son inquiétant ange gardien, d’un balai évoquant indéniablement celui des sorcières d’Harry Potter ou celles des contes de fée de notre enfance…

En fait, la clé de ce spectacle est une gageure imaginée par la productrice de la quadriennale de Prague, Milena Stoicevic, qui avait proposé, entre autres à Josef Nadj, de réaliser un spectacle dans une boîte de quatre mètres sur quatre, et de le produire durant quatre heures par jour… Défi bien évidemment relevé par le chorégraphe et qui donna naissance à Atem, terme allemand qui signifie le souffle, issu d’un poème de Paul Celan qui a servi de base à ce spectacle, lequel, à sa création, pouvait être observé par les spectateurs au travers d’un mur vitré ! D’autres idées ont cependant préludé à ce spectacle, en particulier la célèbre gravure Melancholia d’Albrecht Dürer, peut être un autoportrait que le peintre de Nüremberg réalisa en 1515, et qui hantait le chorégraphe depuis sa plus tendre enfance. Bref, un univers dans lequel on retrouve avec un immense plaisir le Nadj prestidigitateur et magicien, grand pourvoyeur de mystères et d’énigmes, qui nous avait émerveillé à ses débuts.

J.M. Gourreau

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Melancholia  / A. Dürer

Atem, le souffle / Josef Nadj, Le Centquatre, Paris, du 3 au 28 avril 2012.