Perrine Valli / Vincent Thomasset / (La) Horde / C'est tout à fait possible / MPAA St Germain

Perrine Valli / Vincent Thomasset / (La) Horde / C'est tout à fait possible / Les bonnes fées étaient de mèche...

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La chaise humaine / Perrine Valli

Photos J.M. Gourreau

 

 

 

Perrine Valli,Vincent Thomasset & (La) Horde :

Les bonnes fées étaient de mèche...

"A cœur vaillant, rien d'impossible", avait pour devise Jacques Cœur, le grand argentier de Charles VII. Pour qui le veut réellement, effectivement, rien n'est impossible, il semble qu'il suffise d'y penser très fort, de s'armer de courage et de patience, et cela se réalise... Comme d'un coup de baguette magique ! Tous les interprètes handicapés de cette soirée, qu'il s'agisse de Magali Saby, de Lila Derridj ou de la "clique" de (La) Horde ont démontré de façon éclatante qu'ils pouvaient surmonter avec brio leur handicap. Une représentation sur le fil du rasoir. Comment en effet, en découvrant sur scène le handicap de ces jeunes, ne pas avoir peur pour eux, peur qu'ils se fassent du mal, peur qu'ils ne parviennent au bout de leur performance, peur que d'aucuns se gaussent d'eux par manque d'empathie? Malgré le sentiment de compassion bien légitime qui nous étreint et qui nous prend à la gorge, engendrant une certaine indulgence, force est de constater la qualité de leurs prestations minutieusement réglées, en particulier La chaise humaine par Perrine Valli et Night owl par le collectif (La) Horde (Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harel) dont les membres sont issus de diverses disciplines du spectacle vivant.

P1080905Perrine Valli pour sa part a cherché à mettre en parallèle deux univers diamétralement opposés, la verticalité et l'horizontalité, l'équilibre et le déséquilibre, en confrontant une danseuse et un danseur, la première atteinte d'une maladie neuro-dégénérative qui la rend instable en position debout, et le second en possession de tous ses moyens. Si les images et tableaux créés par la chorégraphe s'avéraient par eux-mêmes fascinants du fait de leur extraordinaire géométrie spatiale, l'histoire totalement surréaliste de Rampo Edogawa* qui en était à l'origine et qu'elle narrait au fil du spectacle apportait une nouvelle dimension à la pièce, laissant entrevoir les frustrations que pouvait éprouver un être handicapé par son physique, et dont les fantasmes allaient peu à peu se réaliser... Emouvant.

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Night owl / (La) Horde

Quant au collectif (La) Horde, il réunissait cinq interprètes aveugles (et deux chiens-guides) embarqués dans l'univers sonore infernal et obsédant de trois musiciens live: Adrien et Maxime Daoud, et Richard Frances. C'est en fait davantage l'ambiance créée par la conjonction de la musique, de la scénographie (un monde fantomatique peuplé d'extra-terrestres) et du travail des chiens obéissant au doigt et à l'œil à leurs maîtres qui retenait l'attention. Mais les performances des interprètes, très à l'aise sur le plateau, ne déparaient pas le paysage. Un remarquable travail montrant qu'il est tout à fait possible, par la seule volonté, de dépasser ses limites...

J.M. Gourreau

C'est tout à fait possible (La chaise humaine / Perrine Valli, Lia / Vincent Thomasset, Night owl / Marine Brutti, Jonathan Debrouwer & Arthur Harel), MPAA Saint-Germain, Paris, 3 & 4 février 2016, dans le cadre du festival Faits d'hiver.

 

* Rampo Edogawa est, au Japon, l'un des fondateurs du genre policier d'investigation populaire. L'histoire qui sert de prétexte à cette œuvre et qui, d'ailleurs, aurait pu très bien être l'apanage d'un handicapé, est celle d'un personnage prisonnier de sa laideur qui, pour fuir les commérages, va se réfugier au sein de l'armature d'un fauteuil en cuir dans lequel diverses personnes vont successivement s'asseoir, ce qui va lui procurer différentes sensations de volupté par l'ouïe, l'odorat et le toucher, notamment lorsqu'il s'agit d'un être aimé...