Rocío Molina / Caída del Cielo / Théâtre National de Chaillot / Novembre 2016

Rocío Molina / Caída del Cielo / Du zapateado comme vous n'en avez jamais vu

Pablo guidali 002Pablo guidali 4 nbPablo guidali 1 1 nb

Photos Pablo Guidali

Rocío Molina:

Du zapateado comme vous n'en avez jamais vu

Pablo guidali 003Elle est Andalouse, de Malaga, très exactement. C'est une adepte du flamenco, plus précisément du duende ; elle est délurée, irrévérencieuse, iconoclaste même, mais bourrée de talent. Son nom: Rocío Molina. Partout où elle passe, elle laisse des égratignures. Vous l'avez certainement déjà rencontrée aux détours du Palais de Chaillot où elle s'est produite dans Mujeres en 2008, puis dans Cuendo Las Piedras Vuelen l'année suivante et, enfin, dans Danzaora en 2013. Avec elle, il faut toujours s'attendre au pire. Ce qui a bien failli se produire d'ailleurs, car le rideau s'ouvre sur quatre musiciens entamant une sorte de rock endiablé : elle ne va pas nous faire des claquettes sur une telle musique quand même ? Eh bien si, mais pas tout de suite, sans que vous vous en rendiez compte, tout en douceur. Et ce n'est qu'à l'issue de la représentation que vous vous exclamez: "elle en a du culot tout de même" ! Mais elle vous a subjugué et vous êtes absolument ravi de son impertinence et de son audace... Une maîtresse femme !

Il faut avouer que Caída del Cielo, ce qui peut se traduire par "Chute du ciel" - et qui évoque donc un cataclysme, ce qui n'est pas totalement faux -, est un spectacle particulièrement bien monté et, surtout, remarquablement bien interprété, tant par les chanteurs que par la chorégraphe-interprète elle-même. Pourtant, à la voir comme ça, petite et rondouillarde, elle n'a rien d'une danseuse de flamenco telle que l'on se la représente habituellement, grande, noble, hiératique et imbue de son art. Lorsqu'elle fait son entrée sur scène après la brève séquence de musique rock dans sa robe blanche terminée par une traîne ornée de falbalas et qu'elle entame, sur un magnifique chant traditionnel aussi grave et rauque que profond, une danse espagnole mâtinée de danse contemporaine et entrelardée de reptations et de roulades au sol (sic), on se demande bien jusqu'où elle va aller dans son iconoclasme... Mais lorsqu'elle se relève et entame un zapatéado endiablé avec une maestria ahurissante, on a compris qu'elle maitrisait parfaitement son art et qu'elle allait très vite le transgresser. Sa vivacité et sa fougue n'ont d'égales que son imagination débridée. A ce titre, la séquence où elle parcourt le plateau à pas lents et mesurés, à nouveau vêtue d'une robe à traîne qu'elle plonge dans un bain de colorant violine avant de l'enfiler de manière à laisser derrière elle un tableau abstrait relayé par une vidéo sur grand écran, est d'une originalité à vous couper le souffle. C'est la raison pour laquelle on est prêt à lui pardonner bien vite ses incartades, telle celle de s'enfiler - avec ses quatre musiciens et chanteurs - un paquet de chips an beau milieu du spectacle... Bon, vous l'aurez compris, on ne s'ennuie pas une seconde avec une telle "pile électrique" aussi exubérante qu'attachante, et les 80 minutes que durent le spectacle passent quasiment sans que vous vous en soyez aperçu...

J.M. Gourreau

Caída del Cielo / Rocío Molina, Théâtre National de la danse Chaillot, du 3 au 11 novembre 2016.