Sarah Crépin / Madison / Auditorium St Germain / Janvier 2012

Sarah Crépin / Madison / Madison ou football américain ?

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                                                                          Photo J.M. Gourreau

Sarah Crépin :

 

Madison ou football américain ?

 

Au début de l’œuvre, on se croirait sur un terrain de football américain : une vingtaine de joueurs revêtus de la combinaison idoine multicolore, casqués et rembourrés de toutes parts, sont assis en U au fond de la scène et sur ses deux côtés. Ils se lèvent à tour de rôle aux premières notes de la musique et se placent petit à petit sur le devant du plateau, comme pour venir saluer. C’est alors qu’ils entament de concert un chant en américain... Se serait-on trompé de spectacle ?

Bien vite cependant, les choses vont rentrer dans l’ordre et, à un solo de danse élégante et désinvolte, succèdent, sur une musique de plus en plus rythmée, un duo puis un trio, puis un quatuor, tous de la même veine, qui ont la particularité d’être linéaires, géométriques et très carrés. Les séquences s’enchainent et se suivent, se terminant très précisément à l’endroit où elles ont commencé. Du terrain de sport, nous sommes passés à une salle de bal où l’on danse du…madison !

Cette danse de société, géométrique et rythmée, est née dans les années soixante aux Etats-Unis pour s’opposer au twist, hully-gully et autres pachanga beaucoup plus turbulents et animés qui, eux aussi, venaient de voir le jour. De par son atmosphère calme et bon enfant, cette danse ludique au charme hypnotique est accessible à tous, ce qui explique la présence sur scène, outre des danseurs professionnels, d’une quinzaine d’amateurs « éclairés ». Il était d’ailleurs difficile pour le public de savoir qui appartenait à telle catégorie plutôt qu’à telle autre, public qui pouvait en outre avoir l’impression de se trouver non dans une salle de spectacles mais dans une salle de bal confortablement attablé à côté de la piste de danse, en train de siroter son whisky. Sauf que, ce soir là, l’organisateur du spectacle ne nous avait pas proposé de whisky !

Le but pour suivi par Sarah Crépin n’était cependant pas de présenter à son public une danse aujourd’hui un peu tombée en désuétude. Certes, ce n’était pas désagréable de voir tous ces danseurs exécuter ces pas d’une simplicité quasi-enfantine, répétés en boucle et qui, à la longue, pouvaient devenir soit fascinants, soit tout au contraire, exaspérants. Peu à peu en effet, les accents de la fort belle partition musicale d’Etienne Cuppens imprimèrent à cette architecture géométrique rigoureuse des impulsions qui lui étaient étrangères, entrainant des déphasages qui, petit à petit engendrèrent des chutes puis le chaos. La chorégraphe voulait-elle montrer par là que l’Homme, lorsqu’il s’écarte du droit chemin, reprend vite sa nature primitive et sauvage ?

J.M. Gourreau

 

Madison / Sarah Crépin, Auditorium St Germain, Paris, dans le cadre du Festival Faits d’hiver.

Prochaine représentation : 22 Janvier 2012, St Lô.