sArdanthé / Christel Van Issum

Ardanthé : Christel Van Issum, Cedric Charron et Annabelle Chambon / Vanves

Marqué par la jeune création contemporaine en danse, théâtre et musique, le 16ème festival Ardanthé ouvre tout juste ses portes. Comme à son habitude, le nouveau cru est caractérisé par un éclectisme peu banal. Pas moins d'une soixantaine de spectacles chorégraphiques et théâtraux différents (dont11 créations) sur les deux scènes de Vanves en un peu plus de deux mois... José Alfarroba et son équipe ont réellement marqué un nouveau pas de géant cette année !

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Kristel Van Issum:

Jeux d'eau à Vanves

 

Le spectaculaire est leur quotidien. Et, pour leur venue en région parisienne, ces hollandais n'ont pas failli à la règle. La piste de danse ? Un grand bassin noir rectangulaire recouvert par 5 centimètres d'eau. A l'image de celui d'une piscine pour nos marmots. Mais pas question d'y patauger. Encore que les deux interprètes de cette œuvre, Oona Doherty et Lucie Petrusova, s’en donnaient à cœur joie... De l’énergie à en revendre. Leur accoutrement, l’une en robe vert d’eau, l’autre en orange avec une perruque d’un rouge éclatant sur la tête, m’évoquant certains tableaux de Léonor Fini (Heliodora, Vesper express). En fait, l'originalité de cette pièce sensuelle mais physique résidait surtout dans le fait que le revêtement noir tapissant le fond du plateau se révéla un fabuleux miroir de leurs ébats. Courses folles, galops chevalins, pirouettes, arabesques, vrilles, chutes et relevés en s’ébrouant et en faisant scintiller des gerbes d’eau dans la lumière - tout en arrosant au passage le public des 1ers rangs - se sont avérés du plus bel effet. Jeux d’eau spectaculaires qui, en fait, masquaient par trop les propos de la chorégraphe Kristel van Issum, à savoir la tragédie d’une féminité apparemment oubliée. La pièce était magistralement servie par une œuvre minimaliste et répétitive pour violon, signée Arthur van der Kuip et partiellement exécutée en live par Walter de Kok.

 

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             TRASH - Ph. L. Klappe                          I promise, this is the last time - Ph. A. Bouvier                            TRASH - Ph. L. Klappe

Cédric Charron et Annabelle Chambon:

Dans les pas de Jan Fabre

 

Il - ou elle -  nous a prévenu : "Je m'étais pourtant promis que ce serait la dernière fois que je montre mon cul à tout le monde sur un plateau..." Est-ce à Cédric ou à Annabelle que l'on doit ces lignes en préambule dans le programme ? Nul ne le saura jamais. Qu’importe d'ailleurs, tous deux se présentant quasiment nus sur scène, avec juste une veste en fourrure sur les épaules, laquelle ne cache bien sûr rien de leur anatomie. Le prétexte ? "Comment évoquer l'amour sans une mise à nu du corps, sans lui faire subir certains degrés de violence ?" Comme si de telles choses devaient nécessairement être abordées crûment dans la tenue d'Eve ou celle d'Adam... D'autant que c'est seulement en milieu du spectacle que l'on se rend compte qu'il peut s'agir d'un duo amoureux... Il est vrai que la similitude des figures et enchaînements au sol que les protagonistes réalisent en miroir aurait pu mettre la puce à l'oreille...

Cela dit, on pourrait s'interroger à l'issue du spectacle sur ce qui pousse Jan Fabre et ses émules - car autant Annabelle Chambon que Cédric Charron travaillent depuis 15 ans avec ce "monstre sacré"- à mettre en scène des images violentes et crues, au sein desquelles sexe, agressivité, voire scatologie, sont difficiles à supporter par un public non averti. Est-ce la nécessité de choquer, de provoquer gratuitement la répulsion pour parvenir à s'imposer ? Et, pour les interprètes, le besoin d'exhibitionnisme ou celui de susciter un désir plus ou moins malsain ? La réponse n'est pas évidente et l'on ressort la tête pleine de questions sur les représentations et messages que porte un certain art aujourd'hui...

J.M. Gourreau

We must be willing to let go / Kristel Van Issum & T.R.A.S.H. Dance, Théâtre de Vanves, 29 Janvier 2004.

et

I promise, this is the last time / Cédric Charron et Annabelle Chambon, Salle Panopée, Vanves, 29 Janvier 2014, dans le cadre du Festival Ardanthé.