Thierry Malandain / Cendrillon / Théâtre de Chaillot / Avril 2014

Thierry Malandain / Cendrillon / Une Cendrillon au goût du jour

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Photos Olivier Houeix

Thierry Malandain :

Une Cendrillon au goût du jour

 

Qui, mieux que lui, saurait encore raconter d’aussi merveilleuse façon et avec autant d’émotion, de simplicité et de sincérité une aussi belle histoire d’amour par le truchement des entrechats? Thierry Malandain est en effet passé maître dans l’art de faire rêver les petites filles au prince charmant, maître en l’art de transformer un conte de fée en féérie, maître en l’art de transporter son public dans le monde enchanté des elfes, lutins, korrigans et autres créatures célestes. Et ce avec une économie de moyens étonnante, grâce au talent de Jorge Gallardo qui a su, il faut le souligner, transposer l’univers de Cendrillon dans la modernité d’aujourd’hui, tout en conservant, bien évidemment, son esprit et sa philosophie. Seule entorse au conte de Perrault, la marraine qui protège Cendrillon est non seulement une bonne fée mais aussi le spectre de sa mère défunte, à l’instar du conte revu et corrigé par les frères Grimm un siècle plus tard.

Lorsque ce même ballet avait été présenté en juin dernier à l’Opéra de Versailles, j’avais eu l’heur d’apprécier et d’écrire le respect de Malandain pour l’histoire, mais aussi l’élégance avec laquelle il opposait l’amour pur et vrai aux travers de notre société, jalousie, injustice, cruauté, voire même sadisme ainsi que la dualité qui existe au sein de chacun d’entre nous. Mais lorsqu'on est devant une œuvre d’une telle envergure, il faut souvent la revoir à plusieurs reprises pour en apprécier toutes les subtilités. Et si l’on se trouve en premier lieu frappé par les trouvailles - réellement géniales - de la mise en scène, en particulier celle d’avoir mis l’accent sur les trois personnages les plus importants du conte, la marâtre et ses deux filles, Javotte et Anastasie, en les caricaturant à l’extrême, cette relecture m’a permis d’apprécier toutes les subtilités d’une chorégraphie aussi fluide qu'inventive, plus suggestive que descriptive, signifiante jusqu’au bout des ongles, prenant le pas sur une scénographie épurée et traduisant à merveille les sentiments émanant de chacun des personnages. Aussi reçoit-on comme un coup de fouet les souffrances, le désespoir et, surtout, l’espoir qui régissent le comportement de Cendrillon, le bonheur extrême du couple une fois réuni et, inversement, l’on s’amuse et se réjouit des déconvenues qui animent le trio infernal magnifié par son apparence masculine. Tout est parfaitement lisible, plein de poésie et d'un raffinement extrême. Une œuvre qui fait honneur à ses auteurs et qui restera, sans doute, à jamais gravée dans les mémoires de ceux qui ont eu le bonheur de pouvoir y assister.  

J.M. Gourreau

Cendrillon / Thierry Malandain, Théâtre National de Chaillot, du 9 au 18 avril 2014.