Thierry Malandain / Noé / Théâtre de Chaillot / Mai 2017

Thierry Malandain / Noé / Profondément humain

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Photos Olivier Houeix

 

 

Thierry Malandain:

Profondément humain

 

Il est rare dans un ballet classique d'assister à une osmose aussi parfaite entre la musique et la danse. C'est pourtant l'impression qui transparait en premier lieu à l'issue de la dernière création de Thierry Malandain, Noé, sur la Messa di Gloria de Rossini. A tel point que l'on aurait dit que cette splendide partition de musique sacrée avait été écrite pour la danse et non l'inverse. Ce n'est pas réellement du déluge ni de l'histoire inspirée de la mythologie sumérienne dont Malandain va nous entretenir au travers de son œuvre. Le récit biblique évoque en effet la colère divine qui va aboutir à l'extermination de toute forme de vie sur terre en punition des exactions toujours plus nombreuses et plus graves commises par l'Homme depuis sa création. Pour se préserver du désastre, Noé construisit une arche destinée à l'abriter, lui, sa femme et ses trois fils ainsi qu'un couple de chaque espèce animale, afin de les soustraire à cette pluie diluvienne qui submergera en 40 jours plaines et montagnes, exterminant tous les animaux et les humains. Ce mythe, dans le ballet, est le prétexte à l'évocation de la nature humaine qui chaque jour détruit davantage l'univers qui lui a été offert pour vivre. Une histoire commune à de nombreuses civilisations, lesquelles malheureusement, retomberont, même après épuration, dans ces mêmes travers. Ainsi peut-on voir le ballet débuter par un meurtre et se terminer de la même façon.

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Aucun animal n'apparait cependant dans l'œuvre à l'exception de deux oiseaux: une colombe, "signe d'espérance d'une nouvelle vie" aussi altière et blanche qu'un corbeau peut se révéler noir, symbole de l'humanité décadente. Le couple apparait comme un nouvel Adam et une nouvelle Eve, allusion à la résurrection d'un nouveau monde après sa rupture brutale avec le passé. L'eau tient évidemment un rôle important dans la pièce : si sa montée s'avère l'élément de destruction qui prélude à la régénération de l'humanité, elle peut aussi être le symbole de la perpétuation de l'espèce humaine assagie au travers des fonts baptismaux. Leitmotiv dans le ballet, elle fait l'objet d'une fascinante mise en scène, les 22 danseurs du Malandain Ballet Biarritz évoluant comme des vagues à différents moments du spectacle. L'œuvre, d'essence classique parsemée de variations plus contemporaines, est émaillée ça et là de danses rituelles et de danses en hommage au renouveau de la nature; elle est magistralement interprétée par une troupe de haut niveau au mieux de sa forme: une pièce qui fera date dans l'histoire du ballet.

J.M. Gourreau

Noé / Thierry Malandain / Malandain Ballet Biarritz, Théâtre National de la danse Chaillot, du 10 au 24 mai 2017.