Une Intense Action Restructurante / L'échangeur

Andréa Sitter / IUAR, Une Intense Action Restructurante / De bric et de broc

Andréa Sitter :

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Ph. J.M. Gourreau 

 

 

 

De bric et de broc

 

Andréa Sitter est un personnage dont la présence et le charisme sont tels qu’elle peut tout se permettre. Et elle se le permet car elle a l’art de rayonner sur scène avec beaucoup d’élégance … IUAR, Une Intense Action Restructurante est un solo extrêmement attachant qui, fort curieusement, n’est en fait fondé que sur des « envies », ses envies collées ou emboîtées les unes dans les autres, et qu’elle a pu aisément satisfaire. Aucune ligne de conduite, aucun propos généraliste dans cette œuvre de plus d’une heure où elle danse, chante, déclame  et mime en toute liberté sans que l’on voie le temps passer, sans que l’on se pose trop de questions sur la signification de tel ou tel tableau. Sa seule présence fascine. Sa gestuelle, belle et pure, un tantinet maniérée mais empreinte d’une grande noblesse, nous va droit au cœur. Elle nous drogue, et on se sent bien.

C’est en effet avec une grande insouciance qu’elle nous livre ses envies. La vie est belle, il faut en profiter ! Un jour, passant devant un magasin de vêtements, elle voit une belle robe rouge qui la séduit. Elle l’acquiert. Un autre jour, son regard est attiré par la devanture d’une boutique de jouets dans laquelle un étrange sanglier mécanique à lunettes d’aviateur bat des ailes.  Lui évoquant Lindbergh, elle l’achète. Un seau de ménage lui donne envie d’exprimer sa joie intérieure et son insouciance en lui faisant faire des moulinets… Et voilà, le tour est joué, les bases du spectacle sont jetées. Tout comme la robe, le seau sera rouge et contiendra non de l’eau qui pourrait engendrer des catastrophes si elle se répandait sur le sol mais des tomates-cerise, de la même couleur. Bien sûr, il faut savoir ensuite broder dessus mais Andréa excelle dans cet art. Rompue à la danse classique dans laquelle elle a fait ses premières armes, elle la revêt d’un zeste de danse contemporaine et puis aussi - pourquoi pas - d’un doigt de hip-hop. Le tout auréolé de textes interrogatifs de son cru mettant le doigt sur l’absurdité du verbe de certains politiciens, évoquant aussi la condition féminine et la prostitution ou l’art conceptuel qui la hérisse… L’œuvre, supportée en partie par La truite de Schubert, est servie, il faut le remarquer, par de forts beaux éclairages dus à Frédéric Mérat.

Voilà maintenant plus de 30 ans qu’Andréa sert sans faillir l’art de Terpsichore. Avec beaucoup de bonheur si l’on en croit l’hommage touchant de cette petite fille accourue spontanément sur la scène depuis le fond de la salle pour embrasser la danseuse à l’issue de la représentation, juste pour la remercier. Ce spectacle, créé en 2005,  fait partie d’une rétrospective, « Embarquement pour Sitter », conçue et initiée par Christophe Martin et Micadanses. Il sera suivi par Rock’n roll suicide à Bezons le 26 janvier, par La reine s’ennuie à St Ouen le 20 avril et par la création d’Obstinés Lambeaux d’images à la Briqueterie de Vitry / Seine, qui mettra en scène, outre Andréa, la funambule Sarah Schwarz et le cochon philosophe Maximilien ! Encore une soirée qui promet et qu’il ne faut pas louper…

J.M. Gourreau

IUAR, Une Intense Action Restructurante / Andréa Sitter, Théâtre de l’Echangeur, Bagnolet, 17 janvier 2013, dans le cadre de la rétrospective « Embarquement pour Sitter ».