Wim Vandekeybus / Oedipus - Bêt noir / Théâtre de la Ville / Janv. - Fév. 2013

Wim Vandekeybus / Oedipus - Bêt noir / Brutalité bestiale mais pondérée

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Photos D. Willems

Wim Vandekeybus :

 

Brutalité bestiale mais pondérée

 

 

Oedipus / bêt noir est une nouvelle occasion pour Wim Vandekeybus de s’attaquer au mythe d’Œdipe, allégorie qu’il avait déjà abordée par deux fois, la première avec des enfants en 2006 (Bêt noir), la seconde en 2009 (Black biist) pour le Göteborg Ballet. Dans cette œuvre de Sophocle revue par l’auteur et comédien Jean Decorte, le chorégraphe confronte à nouveau l’Homme avec ses angoisses d’une façon brutale et sauvage. La tragédie du héros œdipien au destin funeste, trompé par les dieux, qui tue à son insu son père Laïos et épouse sa mère avant de se crever les yeux, est  évoquée de façon fort originale à la fois par le théâtre, la danse, les arts plastiques et la musique. C’est un court texte en flamand du comédien et metteur en scène Jan Decorte écrit en 1999 d’après la tragédie grecque de Sophocle qui sert de support à une œuvre noire et tourmentée dont le rôle titre est tenu par le chorégraphe lui-même. Les rôles de Jocaste - la mère et amante involontaire d’Œdipe - et de Tirésias - devin aveugle qui lit dans les viscères le sort tragique du tyran - ainsi que celui du narrateur sont confiés à trois étonnants comédiens qui se révèlent également excellents danseurs. Dans une mise en scène sombre, propice à la tragédie, la danse, toujours très physique chez Vandekeybus, est viscérale et puissante, souvent violente, mettant les interprètes à rude épreuve. Curieusement, le chorégraphe leur a ménagé à diverses reprises quelques silences, les figeant soudainement dans leurs évolutions, comme s’ils étaient frappés par une quelconque malédiction, allusion sans doute à l’épidémie de peste envoyée par Apollon sur la ville mais dont Oedipe est responsable. Enigme aussi sur le plan de la scénographie, le côté jardin de la scène étant occupé par un immense plan incliné circulaire multicolore quasi-vertical gravi par certains danseurs et qui laisse transparaître l’image d’un visage : pourrait-il s’agir de ce terrible sphinx précisément vaincu par Œdipe, et qui désolait la ville en posant aux voyageurs des énigmes insolubles, les dévorant lorsqu'ils s'avéraient incapables de répondre ? Ou, plus simplement, de la roue de la destinée ? 

Cette vasque fresque mythologique, servie par la puissante musique live de Benjamin Dandoy et Antoine Delagoutte qui font alterner jazz, électro et country, tire essentiellement sa force de la danse, mais elle manque un peu de lisibilité du fait de l’incompréhension des textes déclamés dans une langue inaccessible à la majorité du public, leur traduction sur un petit écran sur le fronton de la scène étant trop peu visible et, de ce fait, captant par trop l’attention des spectateurs.

J.M. Gourreau

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Oedipus / Bêt noir / Wim Vandekeybus, Théâtre de la Ville, du 28 janvier au 3 février 2013.