Florence Peake / Do disturb / Un festival d’art avant-gardiste au sein duquel la danse a finalement bien trouvé sa place

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Rite / Florence Peake - Ph. J.M. Gourreau

 

Florence Peake :

Un festival d’art avant-gardiste au sein duquel

la danse a finalement bien trouvé sa place

 

Do disturb, vous connaissez ? C’est l’antagoniste de don’t disturb, ne pas déranger… En l’occurrence, un festival au nom engageant, dont la vocation est donc de déranger, de décoiffer, de vous bousculer dans vos habitudes… Un festival désormais annuel de performances tous azimuts, avant-gardistes bien évidemment, qui se tient pour la quatrième année consécutive dans notre capitale, au Palais de Tokyo. Un festival ouvert à tous les arts, qu’il s’agisse des arts inanimés tels la peinture, la sculpture ou l’écriture, ou des arts du mouvement comme le théâtre, le mime, le cirque ou la danse, dans lequel - et c’est là son originalité - le spectateur n’est pas tenu à l’écart. Si, dans cette manifestation, l’art de Terpsichore a été jusqu’à présent relégué au second plan, cette fois-ci ont été programmés, sinon de courts spectacles de danse contemporaine, du moins des performances inhabituelles, voire déjantées. Quatre des prestations proposées peuvent se rapporter à cette catégorie, Rite de la chorégraphe Florence Peake, An homage de Jérémie Nedd, Man Made et Elephant du "Dance on Ensemble", compagnie de vétérans sous l’égide du CND qui a vu le jour en 2015, sans oublier  Dancehall de Cécilia Bengolea, performance de quelque 6 heures autour d’une installation vidéo présentée durant toute une nuit (du 7 au 8 avril).

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Encore peu connue en France, Florence Peake, danseuse, chorégraphe et peintre d’origine britannique, réalise, depuis 1995, des performances ludiques aussi étranges que radicales, faisant appel à des matières et des objets inhabituels qu’elle met en relation avec le corps en mouvement, mixant ainsi le théâtre, la sculpture et la danse. Il en naît des images d’une fulgurante beauté plastique, fort originales, du fait notamment des alliances éphémères "live" ainsi créées. Sous l’égide de la célèbre "Hayward Gallery" londonienne qui vient tout juste de réouvrir après deux ans de travaux, Rite s’avère un fascinant jeu sculptural de trois danseuses, en partie sur quelques accents de la fort célèbre partition - sulfureuse pour l’époque - du Sacre du printemps de Stravinsky, et qui illustre ici les ébats dans la boue de trois jeunes femmes aussi affranchies que dénudées… De véritables sculptures en mouvement que n’auraient sans doute pas reniées Rodin ou Camille Claudel. Outre l’attrait artistique évident que présente ce jeu chorégraphique dans la glaise - jeu auréolé en outre de sons amplifiés issus du pétrissage de l’argile ou du glissement des corps sur cette matière - son intérêt tient au fait qu’il évoque avec objectivité le rituel païen primitif sous-jacent dans l’œuvre de Stravinsky. Plusieurs tonnes d’argile ont été nécessaires pour réaliser cette performance qui montre et développe la relation entre le mouvement et la matière originelle brute, notre terre nourricière. L’artiste y présente également le corps comme primal, viscéral, érotique, de « normalisation néo-fasciste », précise-t-elle. Son approche est donc aussi une forme de protestation corporelle cynique contre le climat politique actuel. Une fois le spectacle achevé, l’argile empreinte par les corps des interprètes, laissera une trace sculpturale immuable des ébats chorégraphiques dont elle a été la matière et l’objet.

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An homage / Jérémie Nedd - Ph. J.M. Gourreau

Autre volet chorégraphique de ce festival, An homage de Jeremy Nedd. Né à Brooklyn mais basé à Bâle, ce jeune danseur, chorégraphe et D.J. tout à la fois, tente de s’approprier certains "diktats" esthétiques de la danse contemporaine nés « d’une pratique de déconstruction et de démystification ». An homage, dont il a conçu la chorégraphie, la mise en scène, les lumières et le décor évoque, de par sa texture et ses couleurs argent et or, celles d’une couverture de survie. Au cours du spectacle, deux couples féminins vont mettre en parallèle l’intérêt et l’originalité de l’inspiration ainsi - et surtout - que sa subtile appropriation par le plagiat. Une pièce aussi étonnante qu’électrisante mais d’un abord pas toujours évident.

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Man made / Jan Martens - Ph. J.M. Gourreau

Enfin, Man made est une création du chorégraphe belge Jan Martens dont nous avons pu voir la dernière pièce, Rule of three, en novembre dernier à l’Espace Cardin, dans le cadre du Festival d’automne. Cette nouvelle œuvre, qui fait intervenir les six danseurs vétérans du "Dance on Ensemble" sur une musique répétitive signée Mattef Kuhlmey, est à nouveau un spectacle au sein duquel les leitmotivs - mouvements de rotation et torsion ellipsoïde du corps scandés par les impulsions régulières de la partition musicale - prennent de la puissance et de la vitesse au cours du temps. Ces rythmes sourds interprétés en live, qui évoquent ceux d’une machine qui s’emballe, sont la source de l’énergie motrice et la force propulsive des danseurs, lesquels ont été salués par une ovation à l’issue du spectacle donné en clôture de ce festival.

J.M. Gourreau

Rite / Florence Peake, An homage / Jérémie Nedd & Man Made / Jan Martens et le "Dance on Ensemble", Festival "Do disturb", Palais de Tokyo, Paris, du 6 au 8 avril 2018.

 

 

Do disturb / Florence Peake / Jan Martens / Jérémie Nedd / Palais de Tokyo / Avril 2018

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