Kaori Ito / Island of no memories / Perte de mémoire

 

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                                                                                                 Photo J.M. Gourreau

Kaori Ito :

Perte de mémoire

 

A l’instar d’un Noureev, il y a des artistes dont la seule présence sur scène littéralement fascine, captive tous les regards, capture l’énergie du spectateur : Kaori Ito est de ceux-là. Et ce, d’autant que sa danse, savant mélange de danse classique, de danse contemporaine, de cirque et d’arts martiaux, ne ressemble à aucune autre : elle est en effet incisive, toujours expressive et imagée, rapide et nerveuse, possédant l’énergie du taï-chi et autres arts japonais de combat. Ce qui ne l’empêche pas aussi d’être délicate, féline et pleine de sensualité, dégageant toujours une émotion intense. Island of no memories qu’elle vient de présenter au Centre National de la Danse à Pantin en apporte à nouveau la preuve tangible.

Une œuvre cependant pas toujours bien lisible au premier abord, d’autant que le programme n’en livre pas toutes les clés. En fait, cette pièce est née de l’observation du comportement de certains cadres japonais qui, pour oublier le stress et les tracas de l’existence, les chassent à coups de… saké ! Ce qui les amène parfois à se retrouver ivres-morts dans la rue, totalement amnésiques. Cette perte de mémoire est à l’origine d’un spectacle qui met en scène trois personnages ayant totalement perdu leur identité sur une île déserte du joli nom d’Isadora. Une île où règnent liberté, insouciance, animalité. Une île où les habitants ont gardé leur instinct animal et sauvage, à l’instar de Mowgli dans Le livre de la jungle. Et ces trois personnages - deux femmes et un homme - vont apprendre ou réapprendre les règles de la vie en communauté, la connaissance amenant bien évidemment ses corollaires néfastes, entre autres jalousie amoureuse et désir de domination, ce qui génère immanquablement manipulation, colère, échecs de communication et luttes sans merci.

Leitmotiv prégnant dans la scénographie de ce spectacle, un lacis de cordes qui pourrait être le symbole de liens, entraves à la liberté, mais aussi le fil d’Ariane de nos communications, voire l’image de nos circonvolutions cérébrales, nous enjoignant à réfléchir aux multiples conséquences de nos actes. Une œuvre qui doit donc son intérêt à sa symbolique mais aussi à son intensité dramatique, à la lisibilité des sentiments exprimés par ses interprètes et à l’originalité de l’atmosphère sonore illustrative de Guillaume Perret qui, par l’utilisation d’impressifs japonais, renforce l’intensité de l’atmosphère. Intérêt encore intensifié par l’originalité et l’inventivité d’une chorégraphie à la fois précieuse, suggestive et physique.

Ces éléments et qualités ne sont bien sûr pas dus au hasard. Cette jeune artiste japonaise, consacrée à 18 ans comme la meilleure danseuse et chorégraphe en solo de son pays, a été invitée par Découflé, de 2003 à 2005, à se produire dans son spectacle Iris. Cette même année, Preljocaj la remarque et la convie à danser ses Quatre saisons. On la retrouve en 2007 dans la compagnie de James Thiérrée comme interprète de sa pièce Au revoir, parapluie. Deux ans plus tard, elle cosigne avec lui le spectacle Raul. Sa première chorégraphie, Noctiluque, voit le jour en 2008. Elle apparaît l’année suivante dans House of sleeping beauties de Sidi Larbi Cherkaoui mais surtout à l’Hexagone de Meylan où elle remporte le 1er prix du concours « (Re)connaissance », précisément avec Island of no memories. Un parcours aussi étonnant que bien rempli qui mérite bien sa reconnaissance.

J.M. Gourreau

 

Island of no memories / Kaori Ito / Centre National de la Danse, Pantin, 25 - 27 Janvier 2012.

Prochaines représentations : - 17 et 18 Octobre 2012, Strasbourg (sous réserve)

                                           - 25 Octobre 2012, La Filature, Mulhouse.

Kaori Ito / Island of no memories / Centre National de danse / Pantin / Janvier 2012

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