Karine Saporta / La Princesse de Milan / Une fresque grandiose

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                                                                            Photos J.M. Gourreau

  

Karine Saporta :

 

Une fresque grandiose

 

 

C’est une vaste et grandiose fresque lyrico-chorégraphique antique que Karine Saporta vient de reprendre sur la scène de la Maison des arts de Créteil : La Princesse de Milan est en effet une des œuvres féeriques les plus conséquentes de cette artiste atypique au parcours multiple : créée en juin 1991 au Centre National chorégraphique de Caen, elle fut reprise entre autres au Théâtre de la Ville à Paris en mai de l’année suivante. La version qui nous est donnée à voir aujourd’hui ne comporte que très peu de modifications par rapport à l’œuvre originale : seuls quelques petits détails ont été affinés, le travail des danseurs étant notamment devenu plus précis. Mais sa force, sa puissance symbolique, sa fascination, sa magie demeurent les mêmes.

Cette œuvre, directement inspirée de La Tempête de Shakespeare, en reprend l’argument. Elle évoque l’histoire de Prospéro, duc de Milan déchu et exilé par son frère, qui va trouver refuge avec sa fille Miranda dans un palais fastueux situé sur une île déserte. Grâce à ses pouvoirs magiques, il assouvira sa vengeance en soulevant une violente tempête qui fera échouer sur la plage le bateau de l’usurpateur. Mais il finira par pardonner et se réconcilier avec ce dernier. Cette pièce, dont les personnages ont aujourd’hui été élevés à un rang presque mythique, a inspiré un grand nombre d’artistes de toutes disciplines, notamment des musiciens comme Beethoven, Purcell, Tchaïkovski, Halévy, Sibelius et Honegger pour ne citer que les plus célèbres mais aussi des peintres tel William Hogarth ou des cinéastes comme Peter Greenaway, lequel a précisément suggéré à Karine Saporta, dont l'esthétisme maniériste rejoignait la sienne, de réaliser une chorégraphie sur son film Prospero’s Books.

C’est d’abord le faste de l’univers recréé sur scène par la chorégraphe qui éblouit le spectateur, le plongeant à l’époque de la Renaissance gothique italienne. Les décors et artifices scéniques empreints de surréalisme et de fantastique, d’ailleurs chers à Greenaway, créent parfaitement l’illusion. Dès lors, le spectateur est convié à découvrir et pénétrer dans un monde du passé versé dans la religion dans lequel sont mis en scène et exacerbés toute la gamme des sentiments et comportements humains démultipliés à l’infini, tant le côté diabolique et pervers de Caliban que celui de madone de Miranda qui, bien naturellement, préférera l’amour charnel à la chasteté… Il ne faut cependant pas oublier que cette histoire n’est qu’un songe, lequel, comme tous les songes, ne met en lumière que quelques unes de ses facettes. D’où un traitement de l’image avec force artifices, effets de brumes et de clairs-obscurs qui ajoute un peu de merveilleux et de surnaturel à cette œuvre. 

Le second atout de cette pièce, et non des moindres, est sa musique, prodigieux cadeau de Michael Nyman, compositeur de la plupart des films de Peter Greenaway, à Karine Saporta. Bien qu’un peu longue, cette partition respecte scrupuleusement les souhaits de la chorégraphe qui avait désiré « une musique forte et planante qui puisse conjuguer l’énergie du rock et des cellules rythmico-mélodiques, afin qu’elle déploie à la fois des atmosphères baroques et répétitives ». Le résultat dépassa sans doute les espérances de la commanditaire car le compositeur élabora une partition envoûtante d’une puissance peu commune, dont la ligne mélodique non seulement illustrait parfaitement le propos qui avait sa réplique sur le plateau mais aussi enveloppait totalement le spectateur, l’immergeant dans une sorte d’extase dont il avait du mal à sortir. Bref, un univers fabuleux et féerique bien caractéristique de l’art "saportien", aux dimensions morales et métaphysiques que l’on aimerait voir plus souvent.

 

J.M. Gourreau

 

La Princesse de Milan / Karine Saporta, Créteil, Maison des arts, Novembre 2011.

 

Maison des arts Karine Saporta / La Princesse de

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