Mathilde Monnier - Jean François Duroure / Pudique acide et Extasis

                                        monnier-m-duroure-j-f-extasis-cite-universitaire-03-oct-2011.jpg       Extasis - Ph.J.M. Gourreau

Mathilde Monnier et Jean-François Duroure :

 

Un moment d'intense bonheur

 

 

Presque 30 ans et pas une ride ! Il faut dire que Pudique acide et Extasis, deux duos créés à un an d’intervalle et cosignés par Mathilde Monnier et Jean-François Duroure étaient, déjà en leur temps, des pièces d’anthologie. A l’époque en effet, ces deux œuvres, très complémentaires, avaient grandement frappé l’imagination des spectateurs car elles alliaient la force d’un geste viscéral, le plus souvent inné, d’une précision et d’une justesse incommensurables, à un sentiment réel et profond, de plus totalement partagé.

Mathilde et Jean-François se sont connus au CNDC d’Angers. Pour parfaire leur formation, ils partent, comme nombre de chorégraphes à l’époque, à New York, entre autres chez Merce Cunningham et Viola Farber. C’est peut-être en réaction au formalisme abstrait de la danse américaine de l’époque qu’ils créent, en 1984 aux Etats-Unis, Pudique acide, une pièce au titre particulièrement judicieux puisqu’elle évoque les relations maladroites d’un couple qui se découvre, ainsi que la timidité de l’approche, avec une insouciance factice et une fausse pudeur manifeste. La grande expressivité de l’œuvre est sans doute due non seulement à la justesse des sentiments évoqués mais surtout au fait que Jean-François Duroure était alors, comme beaucoup d’autres d’ailleurs, fasciné par l’œuvre de Pina Bausch dont l’expressionnisme contrastait avec la danse outre atlantique formelle et pure qui commençait à poindre en Europe.

Si Pudique acide décrit les relations amoureuses de deux adolescents à peine sortis de l’enfance avec une légèreté et une tendresse toute platonique, Extasis en revanche, au titre lui aussi parfaitement évocateur, va les retrouver sous leur aspect androgyne au stade adulte, dans toute l’intensité, la force et la brutalité de l’étreinte amoureuse. Sur les musiques quasi-militaires et très rythmées de Kurt Weill et de Bernard Hermann, la violence intérieure du couple atteint son paroxysme. La gestuelle est brutale, rapide, hachée, viscérale, toujours très réaliste, sans concession aucune. La puissance, la force et l’émotion qui émanent de l’image finale notamment, celle de la crucifixion de l’homme dans les bras de sa compagne, ainsi que le parti pris délibérément sacré, fascinent et envoûtent. Une œuvre poignante qui vous saisit et vous glace au plus profond de l’âme, tout en vous faisant prendre conscience des réalités et des faiblesses de la condition humaine.

J.M. Gourreau

 

Pudique acide et Extasis / Mathilde Monnier et Jean-François Duroure, Théâtre de la Cité Universitaire, jusqu’au 29 octobre 2011.

Mathilde Monnier - Jean François

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