Meg Stuart / Violet / Naissance d'une transe

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                                                                                             Photo Chris Van der Burght

Meg Stuart :

 

Naissance d’une transe

 

Elle l’avait laissé entendre dans le programme : Violet est une de ses pièces les plus abstraites, sans aucune histoire, s’appuyant uniquement sur l’énergie et sur des mouvements de bras très répétitifs. Ce que Meg n’avait pas dit en revanche, c’est que l’œuvre reposait entièrement sur la partition de Brendan Dougherty jouée en direct, contrairement aux pièces d’un Cunningham par exemple. En effet, c’est à la naissance, à la montée en puissance et au développement d’une transe collective qu’il nous a été donné d’assister.

Meg Stuart conçut en effet ce ballet en cherchant à parler de ses interprètes, tentant de mettre en scène non le résultat de leur travail mais leur état d’esprit lorsqu’ils dansent, sorte de voyage sans issue dans lequel les sensations physiques qui les animent sont traduites en mouvements progressivement de plus en plus prégnants, de plus en plus puissants, jusqu’à devenir transe inconsciente et spectaculaire. Tout l’intérêt de Violet vient en fait de la représentation de cette montée en puissance, du calme à la tempête en quelque sorte, d’autant que cet état d’esprit diffère suivant chacun des interprètes. D’où une chorégraphie d’ensemble qui peut paraître désordonnée, chacun n’exprimant pas son ressenti de la même façon. On a toutefois du mal à penser, devant un tel tableau, que tout est écrit, du moins dans les grandes lignes. Mais il est évident que la part laissée à l’improvisation est plus ou moins importante, chaque interprète mettant réellement son âme à nu...

Le spectateur, quant à lui, n’est vraiment pris par le spectacle que lorsque la musique imprime au danseur une gestuelle portée par des sensations intérieures réelles, elles-mêmes imprimées par son rythme. Plus ces éléments sont prégnants, plus la danse est viscérale et impulsive, obsédante et déstructurée, se traduisant par une spirale infernale de trémulations et mouvements épileptiformes, comme si l’interprète était possédé par un démon qui lui déchirait les entrailles. Spectacle qui, bien évidemment, hypnotise et ne peut laisser le spectateur indifférent, surtout lorsqu’il évoque une crise d’hystérie, voire une danse vaudou. Une œuvre fascinante qui, si tant est qu’elle puisse parfois faire peur, présente l’intérêt de souligner que le danseur n’est pas qu’un simple et banal instrument. Mais cela, on pouvait déjà s’en douter !

 

J.M. Gourreau

 

Violet / Meg Stuart, Centre Pompidou, Novembre 2011.

Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.

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