Philippe Saire / Black Out / Du blanc au noir

 

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                                                                         Photos J.M. Gourreau

Philippe Saire :

 

Du blanc au noir

 

De la vie à la mort… C’est dans un univers étrange que nous invite Philippe Saire avec sa dernière création, Black Out. Les spectateurs - une quarantaine tout au plus - sont conviés à se pencher aux balustrades d’une fosse de cinq mètres sur cinq, au fond de laquelle gisent trois personnages en maillot de bain, allongés sur des serviettes, comme écrasés par un soleil, qui les inonde et les aveugle.

Alors que rien ne le laissait prévoir une pluie de météorites noires - en fait des granules de caoutchouc que le chorégraphe avait déjà utilisés dans Lonesome Cowboy - s’abat sur eux, telles de fines scories volcaniques qui, peu à peu, envahissent la fosse, tandis que la lumière s’assombrit et qu’une fanfare égrène une rengaine tristounette dans le lointain. A cet instant, l’atmosphère devient étouffante, oppressante. Serait-ce la fin du monde ? Des liens très étroits se tissent alors au sein de ces trois compagnons d’infortune, le sort liant les deux garçons (Philippe Chosson et Jonathan Schatz), tandis que la jeune fille, Maëlle Desclaux, sera abandonnée à elle-même.

Rasant les murs, s’agrippant à la moindre aspérité comme un insecte en cage cherchant désespérément à échapper à la mort qui la guette, Marie, qui semble mieux résister que ses compagnons, finira cependant terrassée. S’en suit alors un magnifique passage où la chorégraphie cède le pas à la calligraphie. L’un des intérêts de l’œuvre vient en effet du graphisme tracé dans les scories par les compagnons de la jeune fille autour de son corps étendu au sol: les arabesques dessinées autour d’elle par Philippe Chosson et Jonathan Schatz pour lui rendre hommage font penser à la fois à Robert Combas par leur tracé, et à Soulages par l’intensité et la profondeur du noir de cette terre qui les constituent. Peut-être peut-on voir également dans cette démarche picturale la volonté de son auteur de laisser une trace, si éphémère soit-elle ?

Les ténèbres surviendront petit à petit lorsque la jeune fille sera ensevelie dans les cendres par ses compagnons, après l’avoir revêtue à leur image du linceul noir de la mort. Bien que le chorégraphe affirmât que, dans cette œuvre, ses priorités soient avant tout graphiques et picturales, on ne peut s’empêcher d’y voir l’évocation du voyage de la vie vers la mort, de la lumière vers les ténèbres. Il est vrai que le graphisme - qu’il soit chorégraphique de par la géométrie des mouvements des danseurs, ou pictural, de par le cheminement hiéroglyphique des traces abandonnées sur le sol - s’avère prépondérant, témoignant de son attachement très ancien à l’art du dessin. Mais Philippe Saire n’en a pas abandonné pour autant sa volonté initiale de bâtir ses ballets sur un argument ou, tout au moins, de leur donner un sens philosophique, voire métaphysique. Il en résulte là, en tout cas, une œuvre intense et profonde malgré sa brièveté mais d’une très grande portée humaine.

J.M. Gourreau

 

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Black Out / Philippe Saire, Centre Culturel Suisse, Paris, Décembre 2011.

Philippe Saire / Black Out / Cen Paris / Décembre 2011

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