Pina Bausch / / ainsi va la vie

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Photos Alexandros Sarakisidis

 

Pina Bausch :

Ainsi va la vie

 

Quoi de plus banal qu’un homme qui rendre par la fenêtre pour ressortir aussitôt par l'une des portes d’une vaste chambre aux murs et au sol d'un blanc immaculé ? Quoi de plus classique aussi que deux autres hommes qui, allant à la rencontre l’un de l’autre, ne cherchent pas à s’éviter et tombent brutalement tous deux à la renverse, surtout lorsque la scène se renouvelle trois fois de suite ? Quoi de plus anodin encore qu’une femme-enfant vienne se blottir dans les bras d'un inconnu, lequel va la traiter comme une poupée, l'envoyant en l'air comme un fétu de paille à plusieurs reprises ? Quoi de plus traditionnel qu’une course en tous sens sur des chaises à roulettes à travers une chambre ? Chez Pina pourtant, rien n'est plus naturel. Des situations que l’on pourrait juger de prime abord abracadabrantes mais qui, finalement, ne le sont pas tant que cela et qui s’enchaînent sur scène selon une logique qui reste toutefois à démontrer, comme si le hasard faisait bien les choses. Mais c’est précisément cela qui captive le spectateur qui se retrouve dans des situations qu’il a parfois pu vivre lui-même, dans lesquelles même il a pu être embarqué, souvent bien malgré lui.

Dans cette pièce créée en avril 2002 à Wuppertal et que l’on a pu voir sur la scène du Théâtre de la Ville l’année suivante, on retrouve toute l’insouciance de la jeunesse, avec ses jeux amoureux et ses fantasmes mais aussi ses jalousies à l’origine d’humiliations et de querelles intestines, parfois violentes donnant lieu à des scènes torrides comme celle de cet homme qui, après avoir bu l’eau d’un verre, la recrache dans le décolleté d’une femme qui lui faisait des avances… Bien que sous forme de jeu, l’œuvre s’avère en effet une analyse sans complaisance de la société actuelle avec ses défauts et ses travers mis en avant pour l’exemple. Ainsi est-elle émaillée de scènes de masochisme comme celle de la jouissance de cette femme qui se brûle la peau au travers de ses vêtements avec une cigarette ou celle de ces deux hommes qui se brûlent mutuellement les doigts avec un briquet jusqu’au seuil de la douleur. Mais on y trouve aussi des scènes d’une grande poésie comme celle où Dominique Mercy, transformé en danseuse en tutu bouffant, arrose le sol comme pour y faire pousser des fleurs, poussé comme un fétu de paille par le souffle d’un de ses congénères qui, pour la circonstance, s’est transformé en zéphyr…

J.M. Gourreau

Für die Kinder von gestern, heute und morgen (Pour les enfants d’hier, d’aujourd’hui et de demain) / Pina Bausch, Théâtre de la Ville, du 21 au 30 mai 2015.

 

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