Qudus Onikeku / Qaddish / La danse de l'âme

Photos C. Raynaud de Lage

Qudus Onikeku :

La danse de l’âme

 

Le présent se nourrit toujours du passé. Est-ce pour cette raison que le danseur et chorégraphe nigérian Qudus Onikeku a souhaité se plonger dans le passé de son père, afin de reconstituer le puzzle épars de ses souvenirs pour s'en nourrir et se reconnecter aux traditions ancestrales ? Quoiqu'il en soit, Qaddish est un voyage temporel et spirituel au delà de la mort, si tant est qu'elle puisse exister car, pour certaines peuplades africaines, elle n'est qu'une transition, un passage, une porte qui s'ouvre sur une nouvelle vie.

Le Kaddish en hébreu - ou, plus exactement, en araméen - est une prière, un rituel célébré lors des funérailles afin de briser la solitude. Or, ce qui surprend et attire de prime abord chez Qudus Onikeku, c'est son charisme. Tout, dans son être, respire la bonté, la générosité, la tempérance. Dès les premières minutes de son spectacle, on est subjugué par cet homme à terre qui semble vouloir s'insinuer dans un autre monde, en fait, le corps de son père dont il perçoit inconsciemment la mémoire au sein de son propre corps. Et l'étonnant est qu'il parvient, par sa force de concentration et son intériorité, à embarquer le spectateur dans ce voyage spirituel, aidé, il est vrai, par une sorte de gourou ou de guide spirituel, le dramaturge Emil Abossolo Mbo. Mais il le doit aussi et surtout à la suavité et la douceur enveloppante des musiques qui l'accompagnent: le Kaddish de Maurice Ravel, chant hébraïque interprété avec une extraordinaire sensibilité par le violoncelliste Diego Felipe, et une envoûtante mélodie sacrée, hébraïque elle aussi, chantée par une soprano à la voix de cristal, Valentina Coladonato. Un voyage d'autant plus fascinant pour nous, occidentaux, que les frissons irradiant le corps du danseur habité par l’esprit de son père, ses sursauts et soubresauts d'énergie qui unissent passé et présent et qui lui permettent de remonter le cours du temps, demeurent toujours un peu mystérieux, alors qu'en Afrique, les traditions séculaires sont parfaitement intégrées à la vie quotidienne. Sa danse n’est ni une transe, ni une danse tribale mais un amalgame des deux, une danse viscérale parfois saupoudrée de hip-hop, de capoeira et de cirque, ce qui lui donne la faculté de restituer de façon poignante ses émotions, sa sérénité, son ressenti. Un mélange détonnant exprimant tout autant les joies que les sévices et tortures endurés non seulement par son père mais aussi par tout son peuple au cours des décennies antérieures, alliage chorégraphique contrebalancé cependant par la scénographie, un cyclo de tulle en arc de cercle côté jardin, d’une blancheur immaculée, sur lequel défilent de très beaux textes dus à Emil Abossolo Mbo sur l’enfance et la liberté. Une œuvre profonde et d’une force incommensurable, que l’on ressent dans l’instant comme un coup d’épée au cœur.

J.M. Gourreau

Qaddish / Kudus Onikeku / Maison des arts de Créteil, du 28 au 30 novembre 2013.

Qudus Onikeku / Qaddish / Créteil / Novembre 2013

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