Relâche /Jean Börlin / René Clair /CCN-Ballet de Lorraine

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Relâche

Photos L. Philippe

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CCN – Ballet de Lorraine :

Sorti des oubliettes

 

Satie relacheTous les balletomanes ont un jour ou l’autre entendu parler de Relâche, cette œuvre mythique conçue en novembre 1924 par Picabia, agrémentée en son milieu du film Entr’acte de René Clair : ce « ballet instantanéiste en deux actes, un entracte cinématographique et la queue du chien » sur une musique de Satie et une chorégraphie de Jean Börlin, (le principal maître d’œuvre des Ballets suédois fondés par Rolf de Maré quatre ans auparavant) avait, à l’époque, fait couler beaucoup d’encre. C'était en effet la première fois que l'art de Terpsichore dialoguait avec celui de Meliès, qui plus est sur un ton aussi humoristique que sarcastique. De nos jours cependant, jamais personne n’a vu ce ballet dans son entièreté. Et pour cause : il n’a connu qu’un tout petit nombre de représentations, 13 au total*, et ce, quelque temps seulement après sa création, laquelle connut elle-même un sort étrange, puisqu’elle dut être reportée au lendemain du fait de l’état de santé du chorégraphe, faisant donc relâche au sens propre du mot... Seul le film de René Clair nous est parvenu. Comme toutes les œuvres maîtresses de l’époque, ce spectacle fit bien entendu scandale à sa création, pas autant toutefois que Le Sacre du printemps de Stravinsky dans la chorégraphie de Nijinski le soir du 29 mai 1913...

Il faut dire que les protagonistes de l’œuvre, qui ne se prenaient pas au sérieux, se tournant même volontairement en ridicule, n’y avaient pas été de main morte, osant provoquer d’entrée de jeu les spectateurs par des textes inscrits en gras sur le rideau de scène, tels celui-ci : « Messieurs les surréalistes ex dadas (dont ils faisaient bien sûr partie), on vous garde une place au Panthéon… ou à la morgue » ! Ou, encore, sous entendu, si cela ne vous plaît pas, « allez donc à l’Opéra ou au théâtre français, vous serez servis » ! Quant  à l’affiche originale, elle portait ces termes : « Apportez des lunettes noires et de quoi vous boucher les oreilles… » (cf. illustration ci-contre). On pouvait donc s’attendre au pire ! Eh bien, non, cela s’avère être un spectacle certes plein d’impertinence mais aussi drôle que poétique. Si le film de René Clair nous plonge totalement dans le surréalisme – on y voit notamment Marcel Duchamp et Man Ray entamer une partie d’échecs sur le toit du théâtre des Champs-Elysées, un corbillard tiré par un dromadaire qui s’emballe et que Darius Milhaud, Georges Auric et Marcel Achard notamment, perdus dans la foule affolée du cortège funéraire, tentent vainement de rattraper ou, encore, un faux homme-tronc en carriole qui, curieusement, récupère ses jambes lorsque son véhicule dévale la pente un peu trop vite...

Les parties dansées quant à elles ne sont pas moins délirantes mais toujours d'u réalisme saisissant. On y découvre un pompier totalement à côté de ses pompes qui fume sur scène tout en remplissant des seaux les uns avec les autres, des danseurs éparpillés dans la salle qui envahissent la scène, laquelle est flanquée d'un portique de 420 réflecteurs de phares de voiture dont le seul rôle, outre son esthétique, est d'aveugler les spectateurs... Les variations dansées, dans le plus pur style cabaret, sont totalement dadaïstes, parsemées de gags en tout genre, mais légères et fluides, voire aériennes, entrecoupées de soli exigeant une concentration extrême et une grande maîtrise technique de la part de leurs interprètes.

L’histoire de la reconstitution de cette œuvre est digne d’un conte de fées. Le critique de danse Bengt Häger, co-fondateur et conservateur du musée de Stockholm, bras droit de Rolf de Maré, le fondateur des Ballets suédois, avait un fils spirituel, à savoir Petter Jacobsson, l'actuel directeur du Ballet de Lorraine. A la mort de Bengt, ce dernier découvrit dans un petit coffre fort ayant appartenu au critique une partition portant de très nombreuses annotations: c'était celle de Relâche... Ce qui lui permit de remonter le plus fidèlement possible cet étonnant ballet qui n'avait plus été vu depuis 90 ans !

J.M. Gourreau

Relâche / Francis Picabia, Jean Börlin, fim de René Clair, CCN Ballet de Lorraine, Théâtre National de Chaillot, du 6 au 8 janvier 2016.

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Corpsdeballet 1 laurentphilippe copie                      Sounddance / Cunningham                                       Corps de ballet / Noé Soulier                                            Sounddance / Cunningham             

Au même programme: Corps de ballet / Noé Soulier & Sounddance / Merce Cunningham.

*Mise à part la reconstitution de l’œuvre qu’en fit Moses Pendleton à l’Opéra comique en mai 1979 dans le cadre de l’Intégrale Satie.

 

Relâche /Jean Börlin / René Clair /CCN-Ballet de Lorraine / Théâtre de Chaillot Janvier 2016

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