Thomas Lebrun / Avant toute disparitions / Nostalgie du passé

Avant toutes disparitions 03 duret bernardAvant toutes disparitions 04 duret bernardAvant toutes disparitions 05 duret bernard

Photos Bernard Duret

 

Thomas Lebrun:

Nostalgie du passé

 

C'est une bien étrange mais fascinante pièce que nous propose Thomas Lebrun avec Avant toutes disparitions, une pièce traitant de l’éphémérité des actes et des choses, de la peur de voir disparaître à jamais des évènements qui ont marqué l’existence, ne laissant place qu’à des souvenirs flous et fugaces. Un retour sur le passé, comme pour faire le point sur sa destinée. Curieusement, rien ne le laissait présager à la lecture du programme, si ce n’est le titre, et encore… Comme si le chorégraphe avait eu peur de dévoiler par le verbe ses sentiments. Toujours est-il que le texte remis aux spectateurs débute par cette phrase laconique : « La danse reste un art qui n’est pas obligé de raconter ». Et, plus loin : « Je vous propose ce soir de vous laisser porter, voire transporter. De ne pas vouloir comprendre avant ou pendant, mais d’y penser ensuite. (…) De regarder cette pièce en vous rappelant que nous vivons tous dans le même monde et à la même époque ».

Bien peu de pistes par conséquent sur ce qui va nous être donné à voir. Mais, curieusement, dès les premières minutes, on est happé par le spectacle. Une atmosphère aussi mystérieuse qu’envoûtante à la Hitchcock qui nous étreint, nous prend à la gorge, accentuée par les sombres accents de la très belle musique de David Lang. Une pièce d’une chaleur et d’une sensualité iprodigieuses qui met en avant à l’ouverture du rideau un couple mythique, Odile Azagury et Daniel Larrieu, dans un cérémonial émouvant et empreint d'une très grande tendresse, la première remettant avec une grande sérénité à son compagnon un présent précieux, en l’occurrence un pot de fleurs tout juste écloses - sans doute le symbole de la vie - que celui-ci ira planter cérémonieusement, non sans mûre réflexion, dans le gazon recouvrant le plateau. Rituel qui se répétera en continu une bonne trentaine de fois tout au long de l'œuvre, comme un leitmotiv… Pendant ce même temps, à l’arrière plan, une frise de personnages beaucoup plus jeunes, solitaires, en couples ou en groupes, vont évoquer avec force par la danse divers moments cruciaux de l’existence, désespoir, disputes, séparation, solitude, abandon, combats internes et externes, en fait tout ce qui précède une disparition - qu'il s'agisse de l'oubli ou de la mort - dans une atmosphère pesante, lourde de sens. Des images poignantes, violentes même, évoquant sans doute les moments les plus marquants de ce couple face à ses souvenirs, qui sent la fin approcher et qui aurait souhaité que les affres vécus et les leçons reçues au cours de son existence ne restent pas lettre morte...

La seconde partie de l'œuvre tourne autour de quatre personnages, Odile Azagury, Daniel Larrieu, Anne-Sophie Lancelin et Thomas Lebrun lui-même, évoluant dans un monde presque surnaturel, intemporel, immatériel: ils glissent silencieusement comme des ombres furtives, s'évanouissant avec elles pour mieux se réincarner avec la lumière après avoir livré leur ultime combat. Le jardin verdoyant planté de fleurs, piétiné, dévasté, ravagé n'est plus alors que ruines et désolation. L'espoir cependant renait par la danse au moment où la brume se dissipe: tout cela n'aurait-il été qu'un rêve ?

Voilà donc une pièce touchante, d'une sensualité et d'une force incommensurables, admirablement bien interprétée et qui donne à réfléchir sur nos actes, notre rôle dans la société humaine et notre devenir. A nouveau une œuvre qui fait honneur à ses auteurs.

J.M. Gourreau

Avant toutes disparitions / Thomas Lebrun, Théâtre National de la Danse Chaillot, du 17 au 20 mai 2016.

 

 
Ajouter un commentaire
Code incorrect ! Essayez à nouveau