Xavier Le Roy / Low pieces / Une nouvelle conception du dialogue

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 Photos V. Cavaroc

 

 

 

Xavier Le Roy :

 

  Une nouvelle conception du dialogue

 

 

Ils sont assis à terre, en rang d’oignon,  au devant de la scène lorsque le public entre dans la salle. Les uns scrutent les spectateurs qui prennent place, les autres conversent avec leurs voisins avec une désinvolture étonnante, comme s’ils ne se sentaient pas concernés par ce qui doit suivre. L’un d’eux hèle même une connaissance parmi le public, un autre signale à l’ouvreuse qu’il reste trois places libres au second rang… Un autre encore prend la parole pour expliquer que le spectacle débutera par une conversation d’un quart d’heure entre les acteurs et le public, laquelle sera suivie par un noir total et que, s’il devait y en avoir d’autres, il ne faudra pas s’inquiéter outre mesure, la lumière reviendra toujours…

Les spectateurs se regardent, amusés : est-ce du lard ou du cochon ? Une provoc à la Jérôme Bel ? Doivent-ils prendre part à ce jeu et où cela va t’il les mener ? La question est posée et débattue. Au moment où l’on en arrive, 15 minutes précises plus tard, à admettre que la danse, tout comme le théâtre d’ailleurs, aboutit à un échange nécessaire entre tous, la salle est plongée dans une obscurité totale pendant plus de 3 minutes.

La lumière se rallume sur les neuf danseurs dans la tenue d’Eve (ou d’Adam), assis ou avachis sur le sol, dans le plus grand silence  : bientôt naissent d’imperceptibles mouvements, un doigt qui se détache du sol, une épaule qui s’abaisse, une tête qui se tourne légèrement. Des tics puis des soubresauts synchrones sur place se font jour, aiguisant la sagacité du public. Second noir interminable durant lequel des cris d’une troupe d’oies déchirent le silence. Retour de la lumière à nouveau sur des corps nus allongés au sol, les membres en l’air mus lentement dans un mouvement rotatif ou de va et vient, comme des roseaux agités par une brise légère. La troisième séquence, toujours en silence et dans la même tenue, verra des chatons-sphinx ou des lions aux pattes de velours, toutes griffes rentrées, jouant, dormant ou faisant leur toilette ensemble dans la plus parfaite harmonie. Et ainsi de suite.... Le spectacle se terminera, vous l’aurez deviné, par… une nouvelle conversation d’un quart d’heure entre interprètes et spectateurs mais, cette fois, dans le noir !

Si la curiosité et l’intérêt du public pour ce spectacle se sont portés de prime abord sur la mise en scène, étonnante à plus d’un titre il est vrai, il n’est pas du tout certain que les spectateurs aient saisi le message réel du chorégraphe, d’autant que celui-ci avait tenu à ce que le programme ne soit distribué qu’à l’issue de la représentation.  En fait, à la lecture de celui-ci, Xavier Le Roy évoque le fait que tous nos actes s’expriment par le truchement de codes préexistants et que « les représentations de l’humain s’arrêtent là où celles de l’animal, comme celles de la machine, commencent. L’objectif était de créer hybrides entre chose et humain, de "performer" ce que pourraient être des mouvements de choses et leurs relations au monde ». D’où l’incorporation de mouvements animaux et végétaux dans le spectacle, d’actions ou de comportements de groupe qui ne relèveraient pas de l’ordre humain. Une autre manière d’être ensemble, de dialoguer, entre autres entre acteurs et spectateurs, sous l’angle de la nature et sous ses lois.

J.M. Gourreau

 

Low pieces / Xavier Le Roy, Théâtre de la Cité internationale, du 15 au 20 octobre 2012, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris.          

Xavier Le Roy / Low pieces / Théâtre de la Cité internationale/ Octobre 2012

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