Yumi Fujitani / Zut et zut ! Hysterics hours /Angoissant

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Yumi Fujitani :

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 Photos J.M. Gourreau

 

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Angoissant

 

Elle se tient là, immobile, dans la pénombre. Sa robe rouge couleur de sang laisse exhaler un étrange parfum de folie. Sa tête est prisonnière d’une sorte de capuche qui lui masque le visage et qu’elle va laisser lentement glisser, dévoilant un regard hagard, fixe, inquiétant, difficilement soutenable. Celui d’une jeune femme qui semble perdue, ne sachant ni où elle est, ni qui elle est. Sortant un instant de sa torpeur, elle découvre à ses côtés la présence de visages inconnus, étrangers mais compatissants. Son désarroi la conduit à se rapprocher d’eux, recherchant leur contact pour y trouver refuge, protection, réconfort. Ses actes, ses gestes suppliants sont ceux de l’enfant qui, apeuré, court se blottir dans les jupes de sa mère, lui prodiguant maintes caresses et baisers. Instants instinctifs touchants, poignants mais, parfois aussi, dérangeants pour le spectateur pris à parti à son insu. Toutefois, l’émotion ressentie n’en est que plus intense : l’engagement de l’artiste est total, tant il semble réel et vrai. Sa détresse émeut au plus profond de l’âme. Son intensité atteint le paroxysme lorsque, dans un sursaut de lucidité, cet être désespéré, après s’être mis à nu, fera don à un « protecteur » de ses propres habits et l’en revêtira lui-même : mise en avant de sa différence, appel au secours dans le but de faire prendre conscience à tous ceux qui l’entourent de son profond désarroi, de leur faire partager sa solitude devant l’adversité, de les mettre face à sa peur de se trouver dans l’abandon, voire le dénuement… Les rares moments où elle reprendra espoir et confiance se traduiront par une danse de joie, sauvage, délirante et effrénée, qui n’est pas sans évoquer celle qui précipitera Giselle dans la mort dans le célèbre ballet romantique du même nom.

Cette œuvre, d’une grande force et d’une étonnante sensibilité, évoque certains aspects malheureusement encore fréquents de la condition féminine, tout particulièrement celui de la femme laissée pour compte et traitée injustement comme un paria qui, malgré moult tentatives désespérées pour retrouver le partage et l’échange, n’a plus comme seule ressource que celle de se réfugier dans la solitude et la folie. Aucun art mieux que le butô, toujours d’une impressionnante expressivité, n’est à même de traiter ce questionnement : la part de l’inconnu - donc de l’improvisation - est en effet considérable dans ce spectacle, l’artiste réalisant sa performance au feeling, suivant l’énergie dégagée par les spectateurs et captée par elle dès les premières minutes de la représentation. Réellement étonnant.

J.M. Gourreau

Zut et zut ! Hysterics hours / Yumi Fujitani, Les Voûtes, Paris, dans le cadre des spectacles de l’Espace culturel Bertin Poirée.

Paris / Octobre 2012 Yumi Fujitani / Zut et zut ! Hysterics hours / Les Voûtes

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