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Site dédié à l'art chorégraphique.
 
 
Dans ces pages se trouvent quelques textes critiques
et l'analyse de certains spectacles, récents ou plus anciens,
que Jean-Marie Gourreau, journaliste spécialisé
dans l'art de Terpsichore depuis plus de 35 ans
a souhaité faire partager à ses lecteurs
.
Ils sont parfois accompagnés de photos du spectacle analysé,
réalisées en répétition, voire parfois, au cours de l'une des
représentations
.
Dans un autre volet de ce site
sont analysés les derniers ouvrages ou évènements sur la danse.
  • Faire Part de décès et de cérémonie religieuse de Jean-Marie GOURREAU

    • Le 28/04/2022

    Faire Part de décès et de cérémonie religieuse de Jean-Marie GOURREAUFaire part de deces et de ceremonie religieuse de jean marie gourreau

  • Golden Stage / Ensemble(s) / Femme fatale / Mazelfreten / Vous avez dit Popping ?

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    Rave Lucid / Mazelfreten

    Golden Stage :

     

    Vous avez dit popping ?

     

    La danse hip-hop ne cesse de se diversifier et d’acquérir ses lettres de noblesse, au point que certaines compagnies se spécialisent désormais dans certains styles comme le popping, le waacking, le locking, ou bien encore la danse Electro.  Toutes les quatre sont des danses précurseures, adoptées par le hip-hop ou issues de cette discipline. Le popping, encore appelé smurf ou electric boogaloo, est une danse née à la fin des années 1970 sur la côte ouest-américaine, et popularisée par le groupe californien Electric Boogaloos. Son principe de base repose  sur  une succession de contractions et de décontractions en rythme des muscles (hits),  orchestrée par des claps. Elle fait partie des styles funks*.

    Apparu lui aussi dans les années 1970 à Los Angeles dans les clubs homosexuels, le waacking est une forme afro-américaine de danse de rue qui consiste à mouvoir les bras au rythme de la musique funk et disco. À l'origine c'est une danse qui se veut être une adaptation d'une danse sensuelle féminine exécutée par des hommes. Ce style était appelé punking à l'époque, les hommes gays étant souvent traités de punks (nazes).

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    Unbounded / Femme fatale

     

     

     

    Le locking est un type de danse funk inventé par Don Campbell  également au début des années 1970 à Los Angeles, souvent rattaché à la culture hip-hop. Ce nom est basé sur le concept de verrouillage des mouvements, lesquels sont gelés à un moment donné dans une certaine position durant un court instant puis repris à la même vitesse qu’auparavant. Il repose sur une gestuelle rapide des bras et des mains que le danseur associe à des mouvements de hanches et de jambes moins fulgurants. Cette gestuelle, rythmée, hachée et étroitement synchronisée à la musique, est ample et exagérée, axée sur la performance. Elle interagit souvent avec le public.

    Quant à la danse electro ou electro dance, elle est la première danse urbaine française fondée sur des mouvements atypiques inspirés du vogue, du locking, de la house ou du popping, et adaptés au rythme de la musique electro house Cette danse est pratiquée depuis les années 2000 lors des soirées dans certaines boîtes de nuit, entre autres le Vinyl, le 287, le Redlight et le Metropolis de Rungis. Elle se caractérise par une gestuelle à la fois circulaire et ample autour du corps, exécutée de façon énergique, voire frénétique. Chaque danseur possède un « blaze », l'équivalent d'un pseudonyme, après avoir acquis une certaine réputation. Ceux-ci se regroupent alors par crew ou par team, dans le but d'évoluer ensemble. 

     

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              Rave Lucid / Mazelfreten - Ph. J. Lutumba-Viascent                                             Rave Lucid / Mazelfreten - Ph. J. Lutumba-Viascent                                                                  Unbounded / Femme fatale

     

    Ce long préambule pour évoquer deux compagnies révélées par le « Golden Stage », plateau hip-hop créé en 2015 dans le cadre du Villette Festival et au sein duquel se défient les meilleurs crews, tant français qu’internationaux. Se sont cette année affrontés dans des shows fiévreux alliant performance et inventivité deux groupes, le trio « Femme fatale », avec sa création Unbounded, et la compagnie « Mazelfreten » avec son spectacle Rave Lucid. Trio de choc féminin, « Femme fatale » évoque la diversité culturelle et le parcours parfois difficile de trois artistes venant de 3 pays différents, la France, le Mexique et la Corée du sud, que la danse a réuni inopinément. Virtuoses du popping, du waacking et du locking, elles délivrent un show funky qui célèbre la libération de la femme, sur une musique endiablée de James Brown. Rave Lucid est une création de la compagnie Mazelfreten pour 10 interprètes, menée par Brandon Masele et Laura Defretin. Ce duo de chorégraphes réutilise les codes de la danse électro pour développer une danse viscérale, originale et percutante, sur les rythmes effrénés d’une musique électro/house et techno. Détonant et chaleureux, à l’image des valeurs hip hop, ce programme est enflammé par le flow rageur et cadencé du célèbre rappeur Vicelow.

    Outre le message délivré de solidarité et d’amitié entre les groupes, l’intérêt de ce spectacle réside dans l’étonnante performance de ces danseurs aptes à réaliser avec une précision extrême les figures les plus difficiles dans un ensemble à couper le souffle. Il est vrai que les impulsions leur sont données par les rythmes de la musique, mais parvenir à une telle perfection tient réellement du prodige. Ce qui fascine dans ces danses, c’est que ces impulsions martelées répétitives, traduites en mouvements obsessionnels par les danseurs, créent une cadence hypnotique, une sorte de transe dont l’énergie se communique et rejaillit sur le public envoûté. C’est ainsi qu’il finit par s’établir un échange, une sorte de partage entre danseurs et spectateurs sous forme de décharges, ces derniers les renvoyant démultipliées aux danseurs.


    J.M Gourreau

    Ensemble(s) / Golden Stage, Grande Halle de la Villette, du 31.03 au 02.04.2022, dans le cadre du festival 100 %.

    * Le funk est un genre musical ayant émergé vers le milieu des années 1960 aux Etats-Unis dans la lignée du mouvement hard bop, et qui s'est développé au cours des années 1960 et 1970. Le terme funk provient de l'argot anglo-américain funky, qui signifie littéralement « puant », « qui sent la sueur »… Ses origines remontent aux années 1950, où l'idée de ces rythmiques est venue des bars de La Nouvelle Orléans, qui étaient pauvres et ne possédaient qu'un piano pour distraire la clientèle. (wikipedia)

  • Malpaso Dance company / Naharin / Ek / Delgado / Une compagnie cubaine pleine d’allant et de fantaisie

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    24 hours and a dog / Osnel Delgado

    Malpaso Dance Company :

    Une compagnie cubaine pleine d’allant et de fantaisie

    Vous ne la connaissez sans doute pas. Et pour cause : c’est la première fois que la Malpaso Dance Company, basée à La Havane, se produit en France. Fondée en 2012 par le chorégraphe Osnel Delgado, le directeur artistique Fernando Sáez et la danseuse Daileidys Carrazana, cette compagnie cubaine de 11 danseurs, rompus à tous les styles et disciplines chorégraphiques, a désormais acquis une renommée internationale. Son originalité ? Se mettre au service de chorégraphes internationaux afin de monter ou remonter leurs œuvres, ce, dans un cadre d’échanges et de partage d’idées avec les balletomanes du monde entier. C’est ainsi que, récemment, la compagnie a ajouté Tabula Rasa du chorégraphe israélien Ohad Naharin à son répertoire. Ce dernier s’est rendu spécialement à Cuba au printemps 2018 pour travailler avec les danseurs de Malpaso afin de cristalliser la remise en scène de cette œuvre maîtresse créée il y a 30 ans et rarement jouée aujourd’hui. Mais la troupe se met aussi au service de chorégraphes cubains comme Osnel Delgado et possède à son répertoire plusieurs de ses pièces, parmi lesquelles 24 hours and a dog, cette dernière étant inscrite au programme du présent spectacle. C’est une compagnie indépendante de l’état, qui survit grâce à des financements privés. Son histoire est d’ailleurs digne du plus grand intérêt car, lorsque 2 des 9 danseurs de la compagnie originelle, Osnel Delgado et Daileidys Carrazana, décidèrent en 2011 de quitter la Danza Contemporanea de Cuba, à l’époque sous l’égide de l’État, pour fonder une compagnie de danse moderne indépendante, quelques uns de leurs amis les mirent en garde de ne surtout pas faire ce faux pas (Malpaso en espagnol) car le risque de se séparer des subsides de l’état et de devoir en chercher d’autres risquait de les mener assez vite à devoir cesser l’activité de leur troupe. D’où le nom donné à la compagnie qui, aujourd’hui, est parvenue, grâce à son travail et son talent, à bénéficier du soutien inconditionnel du Joyce théâtre Productions auquel elle est d’ailleurs désormais rattachée.

    Il faut bien avouer que les danseurs qui se sont produits au cours de cette soirée sont des artistes exceptionnels, chacun apportant une touche particulière à l’œuvre qui lui était donnée d’interpréter. Au programme, trois pièces, dont deux n’ont encore jamais été présentées en France, Woman with water de Mats Ek et 24 hours and a dog de Delgado lui-même, la troisième étant la célèbre Tabula rasa de Ohad Naharin, magistralement dansée d’ailleurs, sur laquelle il est inutile de revenir.

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    Woman with Water / Mats Ek

     

    Woman with water de Mats Ek est un étonnant duo qui révèle bien le caractère théâtral, expressionniste mais un tantinet énigmatique du chorégraphe, centré sur les aléas et les vicissitudes vécues par l’être humain, et il faut souvent aller chercher le non dit pour pouvoir en saisir tout l’intérêt. La pièce met en scène deux personnages, une table et un verre d’eau. Une femme, vêtue d’une robe d’un orange rutilant, entre côté jardin et s’avance en titubant, courbée en deux vers une table verte, comme malade ou profondément plongée dans ses pensées. Puis elle entame une danse avec la table, la tirant, la poussant, la malmenant comme si cet objet la déconcertait, la dérangeait. Un homme entre et lui apporte un verre d’eau qu’elle boit avec avidité. S’engage alors un étrange pas de deux totalement énigmatique entre la femme et son compagnon avant que celle-ci, ingurgitant une ultime gorgée d’eau, ne tombe sur le sol, raide morte. Saisissant alors un balai, l’homme la poussera vers la coulisse en la faisant rouler au sol, comme s’il s’agissait d’un vulgaire détritus… Ce pas de deux d’un peu plus de 10 minutes et dont le titre suédois est « överbord », ce qui peut se traduire par « par-dessus bord », pourrait évoquer un jeu mais son issue ne laisse aucune ambigüité sur l’entendement  du chorégraphe vis à vis de la gent humaine. En fait, Woman with Water, s’avère inspiré de deux oeuvres antérieures, Wet Woman (1996) et Place (2008), un pas de deux créé pour Mikhail Barychnikov et Ana Laguna. Son intérêt vient autant de la chorégraphie alambiquée, bien caractéristique du style de Mats Ek, que du mystère qui auréole l’œuvre. Pourrait-il s’agir d’un meurtre délibéré ?

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                                  Tabula rasa / Ohad Naharin                                                                                                                                                                              24 hours and a dog / Osnel Delgado   

    Le titre de la troisième pièce du programme est lui aussi énigmatique. 24 hours and a dog, (24 heures et un chien), que l’on doit au cofondateur de la compagnie, Osnel Delgado,  s’inspire de la vie quotidienne des danseurs à La Havane. Si l’on saisit parfaitement le propos du chorégraphe lorsqu’il dépeint avec beaucoup de brio le quotidien de ses interprètes, l’allusion au chien est aussi mystérieuse qu’ambiguë. Serait-ce pour évoquer notre amitié envers cet animal qui, d’ailleurs, n’est pas présent sur le plateau, ou bien notre comportement de meute dans notre vie ordinaire ? Quoiqu’il en soit, cette œuvre en sept parties, chorégraphiée en collaboration avec les danseurs, et qui ressemble beaucoup aux jeux de rue joués dans des barrios, évoque une journée routinienne et ludique dans la vie de la compagnie, faisant un peu penser à West Side story de Robbins. Certains duos, en particulier celui dénommé Day dream, sont d’une beauté saisissante, d’autres encore, plus acrobatiques, laissent libre cours à la virtuosité des danseurs, d’autres enfin, avec leur petit parfum de danse latino-américaine, soulignent la fluidité et le synchronisme étonnant des interprètes de la compagnie.

    J.M. Gourreau

    Tabula rasa / Ohad Naharin, Woman with water / Mats Ek et 24 hours and a dog / Osnel Delgado, Malpaso Dance Company, Théâtre des Champs-Elysées, Paris, du 28 au 30 mars 2022, dans le cadre de Transce en-danses.

  • Momix / Alice / Une saisissante fantasmagorie /

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    Photos Quinn Pendleton

    Momix :

    Une saisissante fantasmagorie

     

    Momix, un nom célèbre s’il en est un, celui de l’une des plus prestigieuses troupes chorégraphiques américaines qui ne s’était plus produite sous nos latitudes depuis décembre 2017…* Elle nous revient aujourd’hui sous l’égide de son fondateur, chorégraphe et directeur artistique, Moses Pendleton, lequel fête cette année le quarantième anniversaire de sa compagnie avec un spectacle aussi féérique qu’ébouriffant, Alice, héroïne du célèbre conte de Lewis Carroll. Celle-ci ne nous emmène cependant pas précisément sur les traces de son créateur, mais dans un univers tout aussi fantasmagorique au sein duquel nous allons pouvoir tout de même la retrouver avec son légendaire lapin blanc, qu’elle va, dans un premier temps, suivre dans son terrier et, par la suite, rejoindre de l’autre côté du miroir.

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    C’est ainsi que va se dérouler, sous les yeux émerveillés des spectateurs, parents comme enfants, un fabuleux périple en 17 séquences au cours duquel Alice va rencontrer des personnages bien connus du conte, entre autres, le chat du Cheshire ainsi qu’une étonnante chenille humanisée sur coussin d’air, celle-ci ayant troqué ses pattes contre des ballons... Elle aura aussi l’occasion de se confronter au chapelier fou, lequel sera pour la circonstance démultiplié par des miroirs, ainsi qu'au Roi et à la Reine de cœur bien sûr, mais aussi aux rois et reines de carreau, de trèfle et de pique, despotes qui règnent en maître sur le Pays des Merveilles, lequel finira par s’écrouler comme tout château de cartes qui se respecte... Allusion sans doute à ce que seront nos campagnes et cités dans le futur sous les coups de boutoir des hommes obsédés par les luttes fratricides et la conquête du pouvoir...

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    Tous ces personnages, féériques, pleins d’allant et de fantaisie, vont permettre à Moses Pendleton de se lâcher, de laisser libre cours à son imaginaire « où la magie naît de la rencontre de la danse, des effets produits par la lumière, de la musique, des costumes et des projections vidéo ». Ce qui l’autorise d’ailleurs aussi à passer du coq à l’âne en orchestrant de main de maître d’autres créatures tout aussi fascinantes et, parfois, plus vraies que nature, telle cette ravissante mygale à tête féminine et aux longues pattes soyeuses, capable de réconcilier avec cette gent velue n’importe quel arachnophobe... ou, encore, cet étrange quadrille de homards qui lui permettra de mettre en valeur ses multiples talents et ceux de son équipe, danseurs bien sûr mais aussi illusionnistes, circassiens, équilibristes et metteur en scène new wave... Les sujets créés par ce magicien, souvent inspirés par la nature, sont drôles et attachants, toujours surprenants. Il faut bien avouer que les progrès récents de la vidéo facilitent la création d’illusions, de paysages de rêve - vallon chatoyant, plage en bord de mer, forêt tropicale mystérieuse d’une étonnante réalité - mais aussi de structures architecturales futuristes aux lignes géométriques du plus bel effet.

    Voilà un spectacle à l’image de celui que l’on pouvait attendre d’un tel créateur qui, en nous expédiant au pays des rêves, nous fait oublier les vicissitudes de la vie en nous procurant un intense - mais certes éphémère - moment de bonheur !

    J.M. Gourreau

    Alice / Moses Pendleton, Momix, Théâtre des folies Bergère, Paris, du 24 mars au 10 avril 2022.

    *Le dernier passage de Momix en France remonte en effet au 24 décembre 2017, date à laquelle la compagnie présentait un florilège des œuvres de Moses Pendleton, Viva Momix for ever, au Théâtre des Champs-Elysées à Paris. Voir ma critique dans ces mêmes colonnes à cette date.

  • Paola Piccolo / Philippe Ducou / Solos de danse / Souvenirs, quand tu nous tiens...

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    Le temps d'une chanson / P. Piccolo - Ph. J.M. Gourreau

    Paola Piccolo et Philippe Ducou :

    Souvenirs, quand tu nous tiens …

     

    Piccolo PortraitDucou P.Il est bien rare, en cette période morose et troublée, de rencontrer des artistes d’une telle chaleur, d’une telle sensibilité, d’une joie de vivre à nulle autre pareille… et qui parviennent, avec beaucoup de bonheur, à nous communiquer leur enthousiasme, leur plaisir de pouvoir s’exprimer par leur art ! Paola Piccolo et Philippe Ducou sont de ceux-là. La danse pour eux est un langage tout comme la parole, et non un outil pour construire une œuvre d’art à l’image d'un architecte, d’un sculpteur ou d’un peintre, encore que les deux ne soient pas incompatibles ; et qu’ils soient tous deux des moyens d’exprimer leurs joies ou les vicissitudes qui animent leur âme. Le spectacle qu’ils ont concocté, une soirée de soli et de duos, sans prétention aucune, s’avère en effet un petit joyau plein de finesse, d’humour et de partage.

    Ce qu’ils nous livrent, ce sont quelques souvenirs de leur enfance ou de leur adolescence dans lesquels ils se replongent, fragments épars, tantôt heureux, tantôt un peu nostalgiques, qu’ils ont à cœur de revivre pour nous les faire embrasser, en pleine connivence. Il y a fort longtemps que ces deux artistes se connaissent : tous deux ont en effet été des élèves de Françoise et Dominique Dupuy et, aussi, de Trudy Kressel, avant de suivre chacun leur voie en tant que danseur, chorégraphe et/ou metteur en scène.

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    Miniatures / P. Piccolo & P. Ducou - Ph. J.M. Gourreau

    L’intérêt de ce spectacle construit par petites touches, n’est donc pas tant dans son contenu que dans la manière dont il est présenté, d’autant plus poignante qu’il s’agit de leur propre histoire, quelques fragments de leur autobiographie en quelque sorte, qu’ils évoquent, bien sûr par la danse mais également par le théâtre, voire le mime, ce, avec beaucoup de naturel et de fraîcheur mais aussi avec leur cœur et leur âme, ce qui les rend d’autant plus crédibles, plus touchants, et qui nous permet en outre de lever un coin du voile qui les entoure, de révéler un pan du mystère dont ils sont auréolés. Parmi les miniatures que nous offre Paola portées par des chansons italiennes (Riccioli a cavatappo d’Ombretta Colli et Parole Parole de  Mina et Alberto Lupo), ou bien ce sublime extrait La donna é mobile du Rigoletto de Verdi chanté par Luciano Pavarotti, ce fragment d’un poème de Baudelaire, Sarah la louchette, prélude à Sarah chanté par Serge Reggiani voire, encore, cette poignante musique Für Alina de Arvo Pärt, on peut entrevoir des images gravées dans sa mémoire, comme la photo de cet enfant, l’opercule d’un coquillage plaqué contre son oreille comme pour écouter le bruit de la mer, image signée de Robert Doisneau… Il y a aussi cet hommage à l’une des chorégraphes dont elle a interprété de nombreuses œuvres, la suédoise Lena Josefsson, directrice de la compagnie de danse Raande-Vo d’Örebro… Il y a enfin, dans ce solo intitulé Le temps d’une chanson, l’évocation de cette femme âgée, courbée par le poids des ans, témoin inéluctable de notre destinée… Tous ces souvenirs ressurgissent devant nous, magnifiés par une infinie tendresse, auréolés de cet inénarrable parfum enfantin qu’elle sait si bien distiller avec une grande ferveur et une ivresse de liberté m'évoquant Isadora Duncan…

    Dans son solo Petit songe pour une nuit d’été sur La vita é bella de Nicola Piovani, Philippe Ducou quant à lui, qui a travaillé avec Suzanne Linke, ouvrait aussi la porte à ses souvenirs d’ambiance de bord de mer et de chants de dauphins (musique de D.J. Magnani), de soleil, et du temps qui passe : métamorphosé en vieille femme qui portait en elle ce qu’elle était en retrouvant son âme d’enfant, il évoquait, par son jeu de mains, la fabuleuse image que nous a laissé Kazuo Ohno de La Argentina. D’un tout autre style, le duo Miniatures concocté par ces deux artistes sur Praising the Altai" d’Altai KhairKhan, la sonate pour piano N° 17 de Beethoven, et La tempête, allegretto d’Hélène Grimaud  qui clôturait la soirée : un duo facétieux en diable, empreint d’un humour incomparable, lequel retraçait le parcours de deux chenapans, gavroches effrontés et sensibles, agressifs et attendrissants tout à la fois, tantôt se chamaillant comme des chiffonniers, tantôt s’envoyant de petits bisous avec une tendresse infinie…

    J.M. Gourreau

    Le temps d’une chanson / Paola Piccolo, Petit songe pour une nuit d’été / Philippe Ducou, Miniatures / Paola Piccolo & Philippe Ducou, Espace culturel Bertin Poirée, Paris, 17 & 18 mars 2022, dans le cadre du festival « Dance Box ».

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