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Site dédié à l'art chorégraphique.
 
 
Dans ces pages se trouvent quelques textes critiques
et l'analyse de certains spectacles, récents ou plus anciens,
que Jean-Marie Gourreau, journaliste spécialisé
dans l'art de Terpsichore depuis plus de 35 ans
a souhaité faire partager à ses lecteurs
.
Ils sont parfois accompagnés de photos du spectacle analysé,
réalisées en répétition, voire parfois, au cours de l'une des
représentations
.
Dans un autre volet de ce site
sont analysés les derniers ouvrages ou évènements sur la danse.
  • Concert dansé / K. Saporta, Le Dansoir, Paris, Avril 2008.

                                                                                                                Photo J.M. Gourreau                                                                        

     

    Karine Saporta :

     

    Un nouveau lieu pour les arts vivants

     

    Il y a longtemps qu’elle y travaillait. Quasiment sans relâche depuis trois ans. Son pouvoir de persuasion et sa pugnacité ont eu raison de tous les problèmes techniques qui sont apparus au fil du temps. C’est grâce au soutien sans limites de la Présidence et de la Direction de la BNF et de la mairie du XIIIè, de la Société d’économie mixte Rive Gauche et de la Ville de Paris qu’elle a pu vaincre, petit à petit, les mille et un obstacles qui se dressaient devant elle, pour ouvrir enfin son fameux « Dansoir »… Un lieu que Karine voulait à l’image du Cabaret sauvage de la Villette, un chapiteau tout de bois, de velours et de miroirs où il fait bon vivre, où l’on peut se ressourcer dans un site culturel qui fait rêver, à deux pas de la Seine. S’installer sur le parvis de la Bibliothèque Nationale de France, pouvait-on rêver mieux ?

    Bien que conçu par une chorégraphe, ce nouveau lieu de spectacle, qui vit le jour en mars dernier, n’est cependant pas totalement dévolu à la danse. Chaque année durant 6 mois, de novembre à mai, l’art de Terpsichore s’y mariera avec ceux de Calliope, d’Euterpe et de Polymnie… Il est vrai que ce théâtre musico-chorégraphico-poétique sous chapiteau n’est pas un lieu comme les autres. Quelques tables harmonieusement disposées tout autour de la scène centrale permettent aux spectateurs de s’asseoir à leur guise tout en sirotant un verre, voire d’attendre les artistes pour pouvoir échanger quelques mots avec eux à l’issue de la représentation. C’est peut – être cette convivialité qui fait qu’il règne en ces lieux une chaleur, un bien être à nul autre pareil. Le spectateur s’y sent chez lui à tout moment, parfaitement à l’aise. Des formules fort originales sont proposées à sa sagacité : ainsi, des « dîners des plaisirs » alternent avec des « soirées partagées danse/musique », des bals ou des concerts dansés. C’est dans cet esprit que la maîtresse des lieux, après avoir invité le Quatuor à cordes de l’Ensemble Intercontemporain, a imaginé une chorégraphie des plus originales sur deux pièces répétitives de Steeve Reich, le maître en la matière : Violin Phase et Different trains ont ainsi donné naissance à un étonnant mouvement chorégraphique perpétuel que deux vidéastes d’Explosive TV se sont encore ingéniés à rendre plus fascinant.


                                                                                                                                                                     J.M. Gourreau

     

    Concert dansé / K. Saporta, Le Dansoir, Paris, Avril 2008.

     

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  • Le Sacre du printemps et Prélude à l’après-midi d’un faune / Marie Chouinard, Théâtre de la Ville, Paris, Mars-Avril 2008.

    Marie Chouinard :

     

    Au commencement était le souffle

     

    Y a t’il un chorégraphe qui n’ait un jour été séduit par Le Sacre du printemps ? Il faut bien avouer que cette partition, par sa puissance et sa couleur, ne laisse personne indifférent. Comme bien d’autres chorégraphes, Marie Chouinard s’est laissée envoûter par cette musique pour monter « son » Sacre qui, s’il célèbre la naissance de la vie, n’évoque pas pour autant celle de l’Homme. Les « vieux » ballétomanes s’en souviendront peut-être : cette œuvre avait été présentée au Centre Pompidou à Paris en 1993, l’année qui suivit sa création canadienne. Et si, à l’époque, elle n’était pas passée inaperçue, il faut dire que le manque de hauteur au dessus du plateau l’avait fortement desservie. Elle a trouvé, 25 ans plus tard, au théâtre de la Ville, l’écrin qui lui convenait. C’est sur les Signatures sonores de Robert Racine que l’œuvre débute. Des créatures rampantes colonisent petit à petit une maigre prairie avec une souplesse de félin toute empreinte d’une grâce propre à l’espèce. Rencontres, luttes, accouplements, séparations : chacun est et demeurera isolé par un faisceau de lumière descendu des cintres. Apparaissent au fil du temps d’étranges créatures, aux membres prolongés par des arborescences, sortes d’hydres à bras multiples se transformant l’instant d’après en taureaux aux cornes démesurées… Si, bien sûr, ces appendices pouvaient évoquer les racines d’un végétal en croissance, elles avaient aussi pour origine une bien curieuse histoire que Marie Chouinard prit plaisir à me narrer : à l’époque où Stravinsky composa son Sacre, il dut effectuer un voyage en train vers un pays du Nord de l’Europe. Et se trouva à voyager dans le même wagon qu’un… taureau ! D’où l’idée, à la fin de l’œuvre, des cornes dardées vers l’avant sur le front des danseurs, ou en guise de sexe pour rappeler le Prélude à l’après-midi d’un faune, donné en première partie de ce fort beau spectacle, dont l’érotisme qui pouvait choquer dans les années 80, ne pourra aujourd’hui troubler que quelques vieilles bigotes effarouchées… 

     

                                                                                                                                                                  J.M. Gourreau

     

    Le Sacre du printemps et Prélude à l’après-midi d’un faune / Marie Chouinard, Théâtre de la Ville, Paris, Mars-Avril 2008.

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  • Fragile(s) / J.F. Bizieau, Les Lilas, Avril 2008.

    Photo J.M. Gourreau

     

    Jean-François Bizieau :

     

    Surréaliste

     

    Lorsqu’un chorégraphe, un plasticien, un vidéaste et un musicien s’acoquinent, cela peut donner un mélange détonnant. Je n’en veux pour exemple que Fragile(s), Paysages transversaux, la dernière œuvre de Jean-François Bizieau, chorégraphe et fondateur de la compagnie « Le Sixièmétage » mais aussi danseur de la compagnie Castafiore.

    Après s’être déchaussé, le spectateur est invité à pénétrer dans un espace d’une blancheur immaculée, seulement habité par les sculptures géométriques linéaires de la plasticienne Catherine Chanteloube et par deux étranges personnages, l’un sortant littéralement du mur à l’horizontale, l’autre émergeant d’un tas de terre, enfoui jusqu’à la taille. Un univers zen que ne renierait pas un Magritte ou un Dali. Le spectateur y est convié à effectuer un voyage sensoriel et poétique, bercé tantôt par tantôt par le verbe de Beckett (Flots), tantôt par celui, plus contemporain, de Pascal Renault (Marie M.). Méditations transcendantales à travers des corps déchirés, ponctuées par l’intervention de deux danseurs évoluant sur une musique saisissante, parfois futuriste, parfois issue du fond des âges. Des vidéogrammes sculptent leur corps, s’y impriment, les pénètrent, en ressortent sous forme de gestes sauvages, toutefois parfaitement maîtrisés. Cependant, si leur parcours était chargé d’une émotion indicible, celui, déambulatoire, du spectateur manquait malheureusement de fil conducteur. Aussi de nombreuses questions effleuraient-elles son esprit, questions auxquelles il n’obtenait bien sûr jamais de réponse. Il gardera toutefois de ce spectacle la sensation d’avoir vécu un rêve étrange, aux confins du réel et du surnaturel, d’avoir réalisé un voyage poétique aux tréfonds du corps, ouvrant sur d’autres sens dans un monde différent du sien, qu’il n’aura pu qu’entrevoir et dans lequel il aurait aimé pénétrer plus longtemps.

     

                                                                                                                                                                     J.M. Gourreau

     

    Fragile(s) / J.F. Bizieau, Les Lilas, Avril 2008.

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  • Mort à Venise / John Neumeier, Théâtre du Châtelet, Avril 2008.

    Ballet de Hambourg :

     

    Drame wagnérien

     

    Sa réputation n’est plus à faire. Le Ballet de Hambourg que dirige John Neumeier depuis 1973 est l’une des troupes les plus célèbres d’Europe. Nombre d’œuvres de ce chorégraphe sont au répertoire des plus grandes compagnies du monde. Si Mort à Venise, librement inspirée de la nouvelle de Thomas Mann, n’est pas un de ses ballets des plus connus, il reste tout de même un modèle du genre. Mieux que quiconque, John Neumeier sait en effet raconter une histoire : ses chorégraphies - et celle-ci en particulier - sont parfaitement lisibles, réalistes, et sans détails superflus. Il sait en outre s’entourer d’artistes – scénographes,  décorateurs, costumiers – qui ont le don de créer l’atmosphère juste, celle qui « colle » le plus étroitement possible à l’œuvre. Et l’un des mérites – et non des moindres – de Neumeier est d’avoir su construire un ballet dont la charge émotive ira crescendo au fur et à mesure du déroulement de l’œuvre, et d’avoir su garder le suspense tout au long de ce spectacle, exécuté par de fabuleux danseurs.

    Mort à Venise est l’histoire d’un grand chorégraphe - lui même peut-être ? - passé maître dans l’art d’utiliser les bases classiques dans le ballet contemporain. Mais, comme tous les artistes, il doute, a peur d’échouer, et son travail s’en ressent. Frustré et épuisé, il part, suite à un mouvement d’humeur, pour Venise et y rencontre un jeune homme d’une beauté saisissante. En naît un amour platonique et une suite de pas de deux plus fascinants les uns que les autres, alors qu’une épidémie de choléra décime la ville. Le dernier adage qui verra la mort du chorégraphe sera, bien sûr, le plus poignant, d’autant  qu’il a été élaboré sur la transcription pour piano de La mort d’Isolde de Richard Wagner, exécutée de main de maître par la divine concertiste Elizabeth Cooper dont le jeu passionnel et passionné ajoutait sa note au réalisme dramatique de l’œuvre. Un grand moment d’anthologie.

     

                                                                                                                                                                     J.M. Gourreau

     

    Mort à Venise / John Neumeier, Théâtre du Châtelet, Avril 2008.

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  • Maroussia Vossen dans Couleurs en mouvement

    Maroussia Vossen dans Couleurs en mouvement

     

     

     

     

    Maroussia Vossen:

     


     

    Mouvements de couleurs

     


     

    De trop rares chorégraphes travaillent en osmose avec les peintres de notre époque, ce qui contribue pourtant à les faire connaître. A ce titre, il faut saluer l’initiative de Maroussia Vossen qui vient de donner un récital l’Auditorium Saint-Germain à Paris au cours duquel elle dansa, avec la préciosité, la finesse, la musicalité et la délicatesse qui la caractérisent, un solo, « Couleurs en mouvement », dans une robe aux couleurs chatoyantes, peinte par Sonia Delaunay. Au même programme figurait « Envol », une création très épurée sur une partition du compositeur contemporain Roger Tessier.

    J.M. Gourreau

     

    Couleurs en mouvement & Envol / Maroussia Vossen, Auditorium St Germain, Paris.

                                                                                                                                              

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